| Les Séances: | |
|
mar 3 février |
21h00 | |
|
jeu 12 février |
21h00 |
|
Urban Gwerder, le protagoniste de Chicorée, est un poète qui lit ses poèmes dans les caves suisses alémaniques. Murer place l’artiste dans son cadre et il le suit. De la part de celui qui filme comme de celui qui est filmé, un effort de mise en scène est tenté. Cette sorte de mise en situation correspond à la mentalité du personnage. Comme il a choisi un artiste qui partage son sens de l’humour, on assiste à un feu d’artifice saugrenu et cocasse. Il fait flèche de tout bois, utilisant la caméra, le montage, les trucages avec une invention stupéfiante. Pour ne citer qu’un exemple: on voit Urban Gwerder se promener à travers Zurich, une pancarte à la main sur laquelle il est écrit “Wollt Ihr den totalen Urban” (allusion au “Wollt Ihr den totalen Krieg” hitlérien); autour de lui tous les gens marchent en arrière et se retournent sur son passage, attirés apparemment par son accoutrement bizarre et son écriteau. En fait, toute la scène a évidemment été projetée en arrière: Urban était le seul à faire de la marche arrière.
(...) Le film est muet. Seule une musique désuette l’accompagne. D’ailleurs Murer a donné au film un ton vieillot, en traitant la pellicule comme une gravure sépia du siècle dernier lorsque Urban mène sa vie de famille tranquille, mais toujours gaie. En revanche, il ajoute la couleur quand Urban se déchaîne et qu’il donne libre cours à ce qui se passe intérieurement.
On sent une forte influence dadaïste et surréaliste. On pense à Bunuel, au René Clair d’Entracte et, plus près de nous, à Polanski. Références, non pas plagiats. Car l’originalité de Murer est foncière. Sa principale caractéristique est une joie de vivre débordante.
Anne Cendre, Tribune de Genève, 1967
| |