| "Seule la parole
couvre le bruit de la guerre. Surtout ses mots quon se dit à soi-même sans émettre un son." in Lettre dun temps dexil |
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| LIBAN | ||
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RUINES
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| état des lieux | ||
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Liban : ETAT DES LIEUX (1948-1998) Les souffrances infligées au sud-Liban par son intraitable voisin ont lâge du conflit israélo-arabe lorsque la jeune armée du Liban prit part en 1948 à la première guerre entre Israël et ses voisins. Si des accords darmistice furent conclus le 23 mars 1949 entre lEtat juif et son voisin libanais, ils ne mirent pas pour autant fin aux accrochages et affrontements qui durent depuis un demi-siècle. Cette plaie ouverte a pesé sur lexistence de centaines de milliers de personnes, perturbé ou modifié des destins et marqué de son sceau meurtrier le mode de vie des enfants du sud-Liban. De 1948 à 1967, la frontière sud du pays fut le théâtre dopérations de guerre qui sintensifièrent avec le développement des premiers raids de feddayin palestiniens implantés à partir de 1968 dans la région du Arqoub. Durant lété 1968 puis lannée 1969, les combattants palestiniens augmentèrent sensiblement leurs effectifs, avant de déverser au sud-Liban la quasi totalité de leurs unités, suite à la perte de leurs positions en Jordanie en 1970. Après quoi, le sud-Liban devint incontestablement le plus chaud des fronts arabes : incursions quotidiennes, raids " de routine " de laviation israélienne, bombardements et déplacements forcés des populations civiles, blocus de ports, attaques des villages, arrestations, enlèvements et dynamitage de maisons, incendies de plantations et de récoltes. Durant cette même période, le Liban fut la cible de quatre grandes invasions : " opération Litani " (1978), " Paix en Galilée " (1982), " Règlements de compte " (1993) et " Raisins de la colère " (1996). Parallèlement à ces développements militaires, le Liban a conclu, durant cette même période, nombre daccords autour de cette " question du sud " : Accords darmistice avec Israël (1948), Accords du Caire avec la résistance palestinienne (1969), Accords du 17 mai 1983 avec Israël, Protocoles de juillet 1993 et davril 1996 avec Israël. De même le territoire national libanais a-t-il accueilli tant des armées arabes, les " Forces de dissuasion " en 1976, que les " Forces multinationales " en 1982, et les " Forces des Nations unies ", toutes déployées au long de la " bande de sécurité ", ainsi que les Israéliens dénomment les territoires quils occupent au Liban.
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Durant ces mêmes trente années, Israël a dépassé toutes les bornes de ses ambitions. LEtat hébreu a occupé Beyrouth et la majeure partie du Liban, expulsé la résistance palestinienne du pays, placé son homme-lige Béchir Gemayel à la tête de lEtat avant de se retirer sous les coups de boutoir de la résistance libanaise et de regrouper ses forces dans une bande de sécurité représentant 10% de la superficie du pays, pour y subir ensuite une véritable guerre dusure imposée par la Résistance islamique. Le Liban sest engagé dans le processus de paix dès louverture de celui-ci, à la conférence de Madrid en octobre 1991. Cependant la participation libanaise sest limitée aux pourparlers bilatéraux libano-israéliens portant sur les litiges dordre territorial. Divers incidents ont émaillé lexpérience libanaise du processus de paix et la stabilité intérieure du pays reste prioritairement laffaire de la Syrie qui légitime sa présence au Liban par létablissement de la pax syriana. La sécurité est assurée par larmée syrienne, qui dispose dun effectif permanent de 25.000 hommes. Sur le plan économique en particulier, Damas tient son petit voisin en véritable coupe réglée, prélevant sa dîme sur les affaires et sur les droits de douane perçus au port et à laéroport de Beyrouth. Les travailleurs syriens ont envahi le marché du travail libanais, portant lensemble de la population syrienne résidant au Liban à environ 500.000 personnes. Les revendications libanaises portent toutefois davantage sur un rééquilibre des relations syro-libanaises que sur le départ de loccupant. Pragmatisme oblige : le rapport de forces joue trop nettement en faveur de Damas et le souvenir cuisant de léchec du général Aoun exerce un effet dissuasif vis-à-vis de toute velléité aventuriste. Par ailleurs, la recomposition régionale esquissée par le processus de paix ne laisse guère de chance à un Etat libanais réduit à lui-même et impose quasiment limbrication des destins libanais et syrien comme condition sine qua non pour résister à la concurrence israélienne.
Mondes rebelles, guerres civiles et violences politiques,
Ed. Michalon, 1999 |
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