HHH, portrait de Hou Hsiao-hsien

 

 

 

Ma première rencontre avec Hou Hsiao-hsien eu lieu à Taipei en 1984. Edward Yang était là, ainsi que son opérateur Christopher Doyle, qui allait devenir quelques années plus tard le collaborateur privilégié de Wong Kar-wai et l'un des inventeurs de formes essentielles du cinéma asiatique moderne. Le dialogue qui a débuté ce soir-là, dans un improbable restaurant français de Taipei et qui s'est continué depuis -en pointillés- m'a donné un sentiment de communauté que je n'avais pas ressenti auparavant, ni en France, ni ailleurs...
Olivier Assayas

 

 
    (France, 1997, 91') de Olivier Assayas
 

 

(...)
Hou marche dans les ruelles d'une bourgade de Taiwan où il est arrivé un an après sa naissance, en 1948, venant de Chine populaire avec une famille qui sera bientôt décimée, et où il a grandi. C'est là, près du temple, qu'il fut un jeune voyou avant de devenir assistant et scénariste à Taipei. On croise d'anciennes connaissances, que redoublent ces autres "connaissances", les plans des Garçons de Feng-kuei et de Un Temps pour vivre, un temps pour mourir, qui évoquent cette période. Il y a des "informations", un peu, sur l'existence de ce monsieur en baskets et survêtement qui sourit, il y a surtout une étonnante présence physique. Parce que le regard d'Olivier Assayas, son écoute, son sens du tempo - peut-être servi par sa méconnaissance du chinois (la seule langue que parle Hou) qui lui fait écouter comme de la musique ce que dit son interlocuteur avant que l'interprête ne traduise - portent et transportent cette virée de deux cinéastes, l'un filmant l'autre, l'autre parlant à l'un.

 

 

avec Hou Hsiao-hsien, Chu Tien-wen, Wu Nien-jen, Chen Kuo-fu,...

 

 

Dans la maison de thé où l'auteur de Good Men, Good Women a écrit tous ses films, lorsqu'on se retrouve dans un restaurant et que Hou prouve son amour des chansons traditionnelles de son pays.
Pareil quand Chu Tien-wen, Wu Nien-jen et Chen Kuo-fu, scénaristes, critiques, collaborateurs, amis, viennent dire ce que fût, pour une partie de la jeunesse dont ils faisaient partie, l'émergence de la nouvelle vague taiwanaise, au milieu des années 80: ce surgissement inespéré de créativité et de courage dans la grisaille de la dictature de Kuomintang, ce moment de grâce où les forces un instant coalisées de l'intelligence et du talent semblaient accoucher de nulle part une série de films parmi lesquels ceux de Hou faisaient déjà figure de proue.

Jean-Michel Frodon

 

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