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Ma première rencontre avec Hou Hsiao-hsien eu lieu à Taipei
en 1984. Edward Yang était là, ainsi que son opérateur
Christopher Doyle, qui allait devenir quelques années plus tard
le collaborateur privilégié de Wong Kar-wai et l'un des
inventeurs de formes essentielles du cinéma asiatique moderne.
Le dialogue qui a débuté ce soir-là, dans un improbable
restaurant français de Taipei et qui s'est continué depuis
-en pointillés- m'a donné un sentiment de communauté
que je n'avais pas ressenti auparavant, ni en France, ni ailleurs...
Olivier Assayas
(...)
Hou marche dans les ruelles d'une bourgade de Taiwan où il est
arrivé un an après sa naissance, en 1948, venant de Chine
populaire avec une famille qui sera bientôt décimée,
et où il a grandi. C'est là, près du temple, qu'il
fut un jeune voyou avant de devenir assistant et scénariste à
Taipei. On croise d'anciennes connaissances, que redoublent ces autres
"connaissances", les plans des Garçons de Feng-kuei et
de Un Temps pour vivre, un temps pour mourir, qui évoquent cette
période. Il y a des "informations", un peu, sur l'existence
de ce monsieur en baskets et survêtement qui sourit, il y a surtout
une étonnante présence physique. Parce que le regard d'Olivier
Assayas, son écoute, son sens du tempo - peut-être servi
par sa méconnaissance du chinois (la seule langue que parle Hou)
qui lui fait écouter comme de la musique ce que dit son interlocuteur
avant que l'interprête ne traduise - portent et transportent cette
virée de deux cinéastes, l'un filmant l'autre, l'autre parlant
à l'un.
Dans la maison de thé où l'auteur de Good Men, Good Women
a écrit tous ses films, lorsqu'on se retrouve dans un restaurant
et que Hou prouve son amour des chansons traditionnelles de son pays.
Pareil quand Chu Tien-wen, Wu Nien-jen et Chen Kuo-fu, scénaristes,
critiques, collaborateurs, amis, viennent dire ce que fût, pour
une partie de la jeunesse dont ils faisaient partie, l'émergence
de la nouvelle vague taiwanaise, au milieu des années 80: ce surgissement
inespéré de créativité et de courage dans
la grisaille de la dictature de Kuomintang, ce moment de grâce où
les forces un instant coalisées de l'intelligence et du talent
semblaient accoucher de nulle part une série de films parmi lesquels
ceux de Hou faisaient déjà figure de proue.
Jean-Michel Frodon
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