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Rien ne se passe dans The Connection. On y parle, on y fait les idiots, on y joue du jazz. Pas d'idées subites, pas de tension dramatique - ou s'il y en a , elles sont de peu d'importance et ne changent rien. C'est là que réside le sens (ou l'un des sens - celui qui m'intéresse en ce moment) de The Connection: dans ce rien, dans cette inimportance. Le film montre quelque chose de l'essence de notre vie aujourd'hui précisèment parce que c’est un film sur ce rien. Il ne désigne pas la vérité du doigt - il la montre en mouvement, il la suggère. (...)
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| The Connection | ||
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Sous l'apparente absence de sens de The Connection, sous ces déambulations, ces conversations, ce jazz, s'opère une sorte d'autopsie spirituelle de l'homme contemporain, toute plaie ouverte. Les vérités que les formes hermétiqués du drame classique auraient laissé échapper ont été captées par l'absence apparente de formes de The Connection. Les conflits dramatiques, extérieurs, truqués, nous auraient éloigné du vrai drame; les grandes idées bien articulées nous auraient caché notre incertitude réelle; les métaphores mêmes seraient devenues des mensonges. Car les questions que se pose la génération de The Connection ne peuvent encore recevoir de réponses (elles ne sont d'ailleurs pas encore assez clair pour être mises en mots). Aussi devons-nous attendre que passe cette période intermédiaire sans rien pouvoir faire, en un sens, qu'accepter d'attendre et de voir, pendant ce temps, certains d'entre nous crever ou devenir fous. Certains d'entre nous essaient de faire quelque chose. Mais nous nous en tenons à faire un peu plus de bombes ou à manifester contre elles. Quand nous sommes seuls et que nous réfléchissons en silence, nous ne savons pas cependant vraiment pourquoi nous faisons ci ou ça, pour ou contre nous sommes vraiment, ou quelle est la vraie cause. Pourtant nous devons le faire.
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| de Shirley Clarke (1961, d'après Jack Gelber et le Living Theater)' | ||
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Donc, où en étais-je? - ce film (comme la pièce), cette nouvelle forme d'art maussade et douloureuse, n'est en réalité pas une prémonition du désastre, mais le signe joyeux qu'un profond désespoir fait son chemin quelque part en nous - que tout n'est pas si climatisé (comme on disait) ni mort en l'homme - car nous savons que plus profond est notre désespoir, plus près nous sommes de la vérité et de l'issue. Ainsi The Connection - comme souvent le nouvel art nihiliste, dadaiste, d'évasion, etc. - est une forme d'art positive, qui ne ments pas, ne truque pas, ne la ramène pas sur nous-mêmes. Il va plus loin que l'art naturaliste, pragmatique, de surface, et montre quelque chose de l'essence. Tout le monde n'est pas prêt à écouter ou à sentir ce qu'est The Connection, à éprouver ce qu'est vraiment ce film - nous ne savons d'ailleurs pas exactement de quoi il traite vraiment. Chacun de nous en tirera des choses différentes. Ce film qui est, en apparence, sur rien, qui n'exprime aucune idée, traite plus du non-sens que du sens et n'y a pas d'action ou d'histoire particulière; ce fillm suggère, insinue les vraies idées, la vraie action et le vrai sens.
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| avec Warren Finnerty, Garry Goodrow, Jerome Raphel, James Anderson, Carl Lee, Barbara Winchester | ||
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Il y a bien d'autres façons de dire quelque chose sur l'homme; il se peut aussi que The Connection ne soit pas du pur cinéma (comme ce n'était pas du pur thé‰tre) ou qu'on aurait été mieux avisé de tourner à Harlem etc. etc. etc. mais cela a peu à voir avec ce que dont je parle. Ce n'est pas non plus d'une grande importance. C'est par des formes et des objets artistiques variés -à la fois parfaits et imparfaits - , que la totalité de l'existence intérieure et extérieure de l'homme nous est subtillement et complexement revélée, que notre conscience de nous-mêmes se trouve accrue. L'expérience esthétique est mêlée à mainte autre expérience, de sorte qu'en fin de compte le spectateur de l'oeuvre demeure sa propre mesure. Car, en vérité, personne ne peut juger l'artiste - à la rigueur un autre artiste, mais même pas. Jonas Mekas Dans un appartement sordide, sorte de "squat", cinq drogués attendent avec impatience la venue de leur pourvoyeur d'héro•ne. Un à un, des musiciens de jazz vont se glisser dans l'appartement et partager l'attente de Cow-boy, surnom donné à la "connection", qui, chaque jour leur apporte leur dose. Ils attendent et parlent devant un réalisateur, venu avec son opérateur dans l'intention de faire un film, un "document humain et honnête." |
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