CARLO GIULIANI, RAGAZZO
 

 

Synopsis
 Le film raconte le 20 juillet de Carlo Giuliani et, en parallèle, le 20 juillet du cortège des "désobéissants" ou des "tute bianche" dans lequel Carlo trouvera la mort. L'histoire d'un individu y est racontée à travers ses aspects les plus concrets: les amis qu'il rencontre, la boulangerie où il mange, le rouleau de scotch  qu'il ramasse dans la rue; tandis que l'histoire de la multitude est racontée à travers ses aspects les plus tragiquement épiques: la nuit sous la pluie, la gigantesque préparation du cortège, l'avancée de derrière les boucliers, l'attaque dont la multitude a été victime, la défense qu'elle a organisée. Mais progressivement, l'histoire de l'individu devient le paradigme  humain et politique d'une multitude, tandis que cette même multitude acquiert la tendresse et l'unicité de l'individu. Ces deux entités se retrouvent autour du visage, de la voix et des mots de Haidi Gaggio Giuliani, la mère de Carlo, qui nous accompagne à travers ce double récit.

 

 
       de Francesca Comencini (Italie, 2001-2002, 63')
 

 

Notes du réalisateur
L'idée de faire ce film est née d'un coup, au moment même où je déclarais que je le ferais, au cours d'une conférence de presse de Venise durant laquelle je présentais, avec mes collègues, le film collectif "Un monde différent est possible". Il y a des fois où les mots précèdent la pensée et c'est presque toujours comme ça que l'on prend les décisions les plus importantes. Elles paraissent impulsives et elles nous surprennent nous-mêmes; en réalité, à notre insu, elles ont longtemps sédimenté dans nos coeurs, dans nos rêves, dans notre être le plus profond, parfois inconnu de nous. Et elles ne peuvent qu'émerger. Peut-être parce que j'étais à Gênes ce jour-là et que, enveloppée par la fumée noire qui envahissait la ville, j'appelais continuellement mes enfants, à Rome, pour les rassurer, en réalité pour me rassurer moi-même et leur faire savoir, comme toujours depuis qu'ils sont nés, que je vais bien et jamais plus rien de mal ne pourra m'arriver. Peut-être parce que j'ai entendu les mots de Carlo Giuliani, ce même soir, à Gênes; leur calme, leur volonté de pacification, leur douceur de la part d'un homme dont on avait tué l'enfant m'ont profondément frappé; peut-être parce que j'ai senti l'arrogance qui animait en revanche durant ces mêmes heures, les mots de nos hommes politiques, sans la moindre véritable pitié pour ce garçon, un citoyen de notre pays, de leur pays, si tragiquement assassiné. Peut-être parce qu'à Gênes, dans les jours précédents, j'avais enfin vu qu'on pouvait "faire" de la politique comme j'avais toujouts rêvé qu'on la fasse, avec beaucoup d'hommes mais aussi beaucoup de femmes, qui défendaient une idée différente de la vie, de l'éthique, avec courage, détermination, gaieté, en abolissant enfin les barrières entre les personnes, poussées par une énergie vitale si forte qu'elle vous étourdissait.

 

 
      
 

 

Peut-être parce que j'ai été indignée par la diffamation dont, le jour même de sa mort, Carlo Giuliani a fait l'objet, en étalant comme on l'a fait toutes ses vies présumées, de manière grossière, mensongère, sans qu'il ne soit plus en mesure de répondre. Mais tous ces "peut-être" se sont effacés quand j'ai rencontré Haidi. Alors il n'y avait plus de "peut-être", plus de doutes, mais une seule certitude. Je ferai le film sur le fils de cette femme, je lui donnerai la parole à elle. Pourquoi elle et elle seulement? Il y a beaucoup de raisons, rationnelles, et tous ceux qui verront le film pourront le comprendre en une seconde. C'est une femme face à laquelle on ne peut que se prosterner, qui suscite aussitôt le respect et l'admiration. C'est une mère et une lutteuse, qui ne révèle jamais son immense amour pour son fils et pourtant, jamais on n'a ressenti l'immensité de l'amour maternel comme devant cette femme. Mais, pour en finir, en elle il me semble de retrouver Carlo. Pourquoi? je ne sais pas, peut-être, pour paraphraser Montaigne, "parce que c'était elle, parce que c'était lui." Haidi et Carlo. Merci à tous les deux.


Francesca Comencini
 

 

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