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Synopsis
Le film raconte le 20 juillet de Carlo Giuliani et, en parallèle,
le 20 juillet du cortège des "désobéissants"
ou des "tute bianche" dans lequel Carlo trouvera la mort. L'histoire
d'un individu y est racontée à travers ses aspects les plus
concrets: les amis qu'il rencontre, la boulangerie où il mange,
le rouleau de scotch qu'il ramasse dans la rue; tandis que l'histoire
de la multitude est racontée à travers ses aspects les plus
tragiquement épiques: la nuit sous la pluie, la gigantesque préparation
du cortège, l'avancée de derrière les boucliers,
l'attaque dont la multitude a été victime, la défense
qu'elle a organisée. Mais progressivement, l'histoire de l'individu
devient le paradigme humain et politique d'une multitude, tandis
que cette même multitude acquiert la tendresse et l'unicité
de l'individu. Ces deux entités se retrouvent autour du visage,
de la voix et des mots de Haidi Gaggio Giuliani, la mère de Carlo,
qui nous accompagne à travers ce double récit.
Notes du réalisateur
L'idée de faire ce film est née d'un coup, au moment même
où je déclarais que je le ferais, au cours d'une conférence
de presse de Venise durant laquelle je présentais, avec mes collègues,
le film collectif "Un monde différent est possible".
Il y a des fois où les mots précèdent la pensée
et c'est presque toujours comme ça que l'on prend les décisions
les plus importantes. Elles paraissent impulsives et elles nous surprennent
nous-mêmes; en réalité, à notre insu, elles
ont longtemps sédimenté dans nos coeurs, dans nos rêves,
dans notre être le plus profond, parfois inconnu de nous. Et elles
ne peuvent qu'émerger. Peut-être parce que j'étais
à Gênes ce jour-là et que, enveloppée par la
fumée noire qui envahissait la ville, j'appelais continuellement
mes enfants, à Rome, pour les rassurer, en réalité
pour me rassurer moi-même et leur faire savoir, comme toujours depuis
qu'ils sont nés, que je vais bien et jamais plus rien de mal ne
pourra m'arriver. Peut-être parce que j'ai entendu les mots de Carlo
Giuliani, ce même soir, à Gênes; leur calme, leur volonté
de pacification, leur douceur de la part d'un homme dont on avait tué
l'enfant m'ont profondément frappé; peut-être parce
que j'ai senti l'arrogance qui animait en revanche durant ces mêmes
heures, les mots de nos hommes politiques, sans la moindre véritable
pitié pour ce garçon, un citoyen de notre pays, de leur
pays, si tragiquement assassiné. Peut-être parce qu'à
Gênes, dans les jours précédents, j'avais enfin vu
qu'on pouvait "faire" de la politique comme j'avais toujouts
rêvé qu'on la fasse, avec beaucoup d'hommes mais aussi beaucoup
de femmes, qui défendaient une idée différente de
la vie, de l'éthique, avec courage, détermination, gaieté,
en abolissant enfin les barrières entre les personnes, poussées
par une énergie vitale si forte qu'elle vous étourdissait.
Peut-être parce que j'ai été indignée par la
diffamation dont, le jour même de sa mort, Carlo Giuliani a fait
l'objet, en étalant comme on l'a fait toutes ses vies présumées,
de manière grossière, mensongère, sans qu'il ne soit
plus en mesure de répondre. Mais tous ces "peut-être"
se sont effacés quand j'ai rencontré Haidi. Alors il n'y
avait plus de "peut-être", plus de doutes, mais une seule
certitude. Je ferai le film sur le fils de cette femme, je lui donnerai
la parole à elle. Pourquoi elle et elle seulement? Il y a beaucoup
de raisons, rationnelles, et tous ceux qui verront le film pourront le
comprendre en une seconde. C'est une femme face à laquelle on ne
peut que se prosterner, qui suscite aussitôt le respect et l'admiration.
C'est une mère et une lutteuse, qui ne révèle jamais
son immense amour pour son fils et pourtant, jamais on n'a ressenti l'immensité
de l'amour maternel comme devant cette femme. Mais, pour en finir, en
elle il me semble de retrouver Carlo. Pourquoi? je ne sais pas, peut-être,
pour paraphraser Montaigne, "parce que c'était elle, parce
que c'était lui." Haidi et Carlo. Merci à tous les
deux.
Francesca Comencini
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