séance expérimentale:

Maya Deren

 

 
 

L’ESBA et le Spoutnik consacreront dorénavant la dernière semaine de chaque mois à deux séances uniques, pour explorer le cinéma expérimental sous toutes ses formes, en passant allègrement d’une époque à une autre, d’un lieu à un autre, et en ignorant délibérément les frontières, souvent trop poreuses, entre genres et catégories.
Pour inaugurer cette nouvelle case de programmation, nous avons retenu les films d’une figure devenue légendaire du cinéma expérimental américain, Maya Deren, et une série de courts métrages des premières avant-gardes américaines, qui retiennent enfin plus sérieusement l’attention des spectateurs et des chercheurs (jusqu’à une date récente, le cinéma expérimental américain prenait officiellement naissance avec Meshes of the Afternoon, en 1943… Le contraire a été prouvé depuis, ce dont on prend acte avec la séance du mercredi à l’ESBA…).
Maya Deren, pionnière dans ses efforts de fondation de structures pour le cinéma expérimental, entrecroise dans ses films les formes de la danse et du rituel, à travers la manipulation de l’espace-temps cinématographique. Manifestant une certaine méfiance à l’égard des épanchements du surréalisme et de la littéralité de l’enregistrement documentaire, elle est en quête d’une forme classique, équilibrée, qui donne libre cours à l’expression de son univers imaginaire et onirique. Dans la préface à son essai fondateur An Anagram of Ideas on Art, Form and Film (1946), elle émet la remarque suivante qui nous donne une idée de l’ampleur et de la diversité de son œuvre : “Après avoir terminé le premier film, quand quelqu’un m’a demandé de définir son principe de base, j’ai répondu que la fonction du cinéma, comme celle d’autres formes d’art, était de créer des expériences, dans ce cas, une réalité
semi-psychologique. Mais la création de fait du deuxième film m’a entraînée par la suite à répondre à une question similaire d’une manière complètement différente. Cette fois, cette réalité doit exploiter la capacité du cinéma à explorer le Temps et l’Espace. En terminant le troisième film, je changeais à nouveau de position, insistant cette fois-ci sur l’intégrité visuelle filmique qui créerait sa propre intrigue, plutôt que de dépendre ou dériver d’un développement narratif sous-jacent. Désormais, sur la base du quatrième film, je pense que tous les éléments précédents doivent être retenus, mais qu’une attention spécifique doit être portée aux possibilités créatrices du Temps, et que la forme comme un tout devrait être celle d’un rituel” (traduit in P. A. Sitney, Le Cinéma visionnaire).
Fruit du travail d’écrivains (Webber et Watson) ou d’un photographe (Steiner), les quelques autres courts métrages sélectionnés offrent un aperçu de la richesse de l’avant-garde américaine dans les années 1920, marquée par son implication dans les réseaux amateurs et une large circulation entre champs artistiques.


ESBA, mercredi 30 octobre à 20 h
(2, rue Général-Dufour, salle de projection):
H2O (1929, 14’), de Ralph Steiner, THE FALL OF THE HOUSE OF USHER (1928, 12’) et LOT IN SODOM (1930, 25’) de James Watson et Melville Webber, DIVINE HORSEMEN - THE LIVING GODS OF HAÏTI (1947-51, 55’) de Maya Deren


Spoutnik, jeudi 31 octobre, à 21h :
MESHES OF THE AFTERNOON (1943, 14’), AT LAND (1944, 14’), A STUDY IN CHOREOGRAPHY FOR CAMERA (1945, 3’), RITUAL IN TRANSFIGURED TIME (1946,14’), MEDITATION ON VIOLENCE (1948, 10’), et THE VERY EYE OF NIGHT (1959, 15’), de Maya Deren


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