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Au début des années quatre-vingt, quand la jeunesse de
Zürich sessouffle dans la révolte, celle de Winterthur
prend le relais. À cette époque, la ville est considérée
comme étant très ennuyeuse: dès 23 heures, les rues
se vident, il est de bon ton de se coucher tôt, afin dêtre
plus performant au travail. Sur le plan économique, Winterthur
dépend des sociétés Sulzer et Rieter et une des plus
grandes manifestations de ces années de tension s'adresse directement
contre la société Sulzer, plus précisément
contre lexportation des installations hydrauliques (qui pourraient
servir à la production de matières premières pour
des armes nucléaires) livrées à la junte militaire
d'Argentine.
En 1984, des radicaux de gauche regroupés sous lappellation
"cellules autonomes" commettent plusieurs dommages à
la propriété, entre autres la mise à feu de véhicules
militaires. Des tags et graffitis changent limage de la ville et
beaucoup de jeunes s'opposent à la répression de lautorité.
Ils tentent de trouver d'autres modes de vie et dhabitation et développent
des réseaux communautaires pour vivre leur propre culture. Le restaurant
Widder, créé dans cet esprit, a été rapidement
mis sous surveillance par la police.
Le 20 novembre 1984, 21 jeunes sont arrêtés et 6 autres recherchés.
Beaucoup passent plus dun mois en isolement, ils se font insulter
et menacer lors des interrogatoires. Le 18 décembre, Gabi, 23 ans,
se pend dans sa cellule après un interrogatoire de 8 heures, dont
le protocole trop bref semble comporter des lacunes. Son ami, le peintre
Aleks Weber, est considéré comme lun des cerveaux
des "événements de Winterthur" et reste en détention.
En 1985, lorsque le journaliste zurichois Erich Schmid effectue des recherches
sur ces événements, il est surveillé et menacé
par la police. En 1986 paraît son livre "Enquête et mort
à Winterthur".
Quinze ans plus tard, Richard Dindo tourne son film avec le même
titre. Un film quil aurait déjà voulu tourner depuis
longtemps, mais dont les protagonistes principaux ont été
durs à convaincre : les "Wintis", les jeunes de
lépoque, reprochent à Dindo une vision unilatérale,
et souhaitaient participer davantage à la réalisation.
Du côté de la partie adverse, les juges et policiers nont
pas été plus accueillants. Pour dautres raisons, que
lon peut imaginer.
Dindo remédie à ce manque dinterlocuteurs en se tenant
proche du livre "Enquête et mort à Winterthur",
au moins en ce qui concerne le début du film. Il remet en scène
des événements que le journaliste Erich Schmid a vécus
lors de ses travaux de recherches. Vers la fin du film, Dindo se concentre
sur le peintre Aleks Weber en décrivant sa vie jusquà
sa mort en 1994. Ses tableaux montrent lambiance hystérique
de lÉtat policier ainsi que lhorreur de sa vie en isolement.
Trois de ses amis de lépoque, ainsi que sa mère -
une femme qui ne sest manifestement pas laissée intimider
.- apparaissent dans le film et complètent limage dAleks
et des "Wintis". La jeune Gabi, qui est morte en prison, est
représentée par une actrice qui se balade en ville sur son
vélo. Elle a lair perdue, comme létait sans
doute la réelle Gabi. Le gardien de prison qui avait servi un thé
à Gabi la nuit de sa mort ne nous en apprend pas beaucoup plus.
De son côté, on trouve encore le commandant adjoint de la
police de lépoque et Rudolf Friedrich, ancien conseiller
fédéral, pour lequel les « Wintis »
ont bricolé une bombe qui a explosé au bord dune fenêtre
de sa villa.
Le film de Dindo na pas la prétention de décrire les
événements de Winterthur en détail et encore moins
de dire "la" vérité. Il sagit
plutôt dune approche personnelle du cinéaste qui est
censé provoquer chez le spectateur un travail de réflexion
politique qui dépasse le cadre des événements de
Winterthur.
Romed Wyder
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