Du fantastique à l'état pur

 

 
    LES JOURS OÙ JE N'EXISTE PAS
 

 

Après avoir montré au cinéma Spoutnik, en septembre 2000, Sicilia ! Si gira (2000), documentaire de Jean-Charles Fitoussi sur la réalisation du film de J.-M. Straub et D. Huillet, nous vous proposons de revenir sur ce jeune cinéaste prometteur. Fitoussi réalise en 1994 un moyen métrage, Aura été, s’inspirant des jeux d’ombre et de lumière créés par les nuages passant sur des champs avec, en toile de fond, une histoire policière. Il tourne ensuite D’ici là (1997, 70 min.), film essai sur les paradoxes temporels dont le tournage à Rome lui prend près de deux ans. C’est dans cette ville qu’il rencontre en 1996 J.-M. Straub et D. Huillet et devient leur assistant jusqu’en 2002.

 

    de Jean-Charles Fitoussi (France, 2002, 1h54)
 

 

Remarqué aux festivals de Locarno, Turin et Belfort, son dernier long métrage Les jours où je n’existe pas (2002), dont la sortie est prévue prochainement en France, retrace la vie d’Antoine, un homme qui n’existe qu’un jour sur deux! Supportant tant bien que mal ce handicap, celui-ci devient insupportable le jour où il tombe amoureux… Pour ce film, qui s’apparente aux contes fantastiques, Fitoussi réussit – comme il le souhaitait – à travailler avec une grande simplicité tant dans le traitement de l’image, de la lumière et du décor que dans la direction d’acteur.

 

 
    avec Luis Miguel Cintra, Antoine Chappey, Clémentine Baert
 

 

Réalisé avec brio, le film met en place un monde où l’absurdité et l’étrangeté rivalisent avec le quotidien, au cœur duquel le fantastisque s’installe... Fitoussi déclare à ce propos: "A ce sujet, il faut citer Artaud: "Le cinéma se rapprochera de plus en plus du fantastique, ce fantastique dont on s’aperçoit toujours plus qu’il est en réalité tout le réel." Cherchant à appréhender le réel, à mettre à jour son caractère opaque, insondable, paradoxalement à jamais "inhabituel" (Empédocle parlait de "demeure inaccoutumée"), je m’intéresse donc de très près au fantastique. Cela dit, le terme est parfois tellement dévoyé qu’il a fini par ne plus évoquer qu’un certain quota d’"effets spéciaux" et je ne voudrais pas laisser croire à ceux qui ne jurent que par les dernières prouesses technologiques qu’ils trouveront leur compte dans ce film! A cet égard, la machine des frères Lumière produit déjà à elle seule un premier effet très spécial, auquel vient s’ajouter un second, le montage. Je m’en suis tenu à explorer quelques possibilités de ces effets, comme le "fantastique" du simple raccord cut ou du hors champ, avec lesquels j’ai joué." (Pardo News, 3.8.2002)
 
 Laura Legast

 

 

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