séance expérimentale
 

 

Cette année, le Festival Archipel invite plusieurs compositeurs minimalistes nords-américains (Tom Johnson, Alvin Lucier, Phil Niblock et James Tenney). Le Spoutnik profite de l'occasion pour présenter Magellan, la grande-oeuvre inachevée de Hollis Frampton - qui a disparu prématurément (1936-1984). Son ultime projet, qui devait durer 36 heures réparties sur une année calendaire, évoque certains aspects mais excède le cadre du minimalisme. Si ses premiers films participent à la mouvance du "cinéma structurel", aux côtés de réalisations de Michael Snow, Ernie Gehr, Ken Jacobs ou George Landow, l'oeuvre de sa maturité, constituée en larges cycles (Hapax Legomena, 202', Magellan, près de 7 h 30 de métrage), repose sur des concepts déployés en des structures complexes et rigoureuses.  Après avoir exploré des dispositifs de permutation et de variation de motifs élémentaires, Frampton, qui était lié à des plasticiens comme Carl Andre ou Frank Stella, érige au rang de principe compositionnel des conventions langagières et des axiomes mathématiques. Ainsi, il propose des objets filmiques paradoxaux qui mettent en crise le caractère analogique de la représentation cinématographique: les plans, arrachés hors de leur ancrage référentiel mondain, s'assemblent selon des grilles de construction surdéterminées et des structures codées à multiples entrées.

 

 
   Hollis Frampton
 

 

Le projet Magellan, découpé en différents chapitres, avec une préface, une postface et une section de transition, s'inspire de la relation du premier voyage autour du monde pour traiter de différents "axes constants de l'expérience humaine (comme la faim, le destin, la curiosité, la chance, le désir sexuel, la peur et al.)", selon Frampton. En tout cas, on retrouve dans ce film la plupart de ses influences de jeunesse: work in progress, et peut-être littéralement inachevable, le projet évoque les Cantos, le cycle de poèmes épiques d'Ezra Pound; intégrant des processus de construction sérielle et le hasard, le film fait écho à la deuxième école de composition viennoise. Le projet doit aussi être réinscrit dans les préoccupations théoriques de Frampton: il s'agit, avec Magellan, de réaliser une "métahistoire du cinéma", c'est-à-dire d'établir une authentique tradition cinématographique, de retracer les grandes étapes de l'évolution du cinéma, quitte à tourner les films s'ils s'avéraient non réalisés.
Prenant à revers la logophobie qui règne dans le milieu des arts plastiques, Frampton place au centre de son oeuvre la notion d'écriture. Ainsi peut-on lire dans une demande de bourse adressée à la fondation Guggenheim que Magellan se propose de traiter des points suivants:
1/ La rationalisation de l'histoire de l'art. "Refaire le cinéma comme il aurait dû être."
2/ La malléabilité de l'impression et de la notion de temps au cinéma.
3/ L'établissement de schémas à priori progressivement plus complexes pour générer les divers paramètres de la création cinématographique, afin d'éliminer toute composition subjective, sous forme d'empreintes digitales.
4/ La place et l'utilisation de l'écrit et de la parole au cinéma.
Les fragments que nous avons pu recouper de ce projet (il manque plus de 2 heures de films) seront projetés d'affilée au Spoutnik, puis repris en trois séances à Archipel.
En coproduction avec le Festival Archipel, avec le soutien de l'ESBA.
Remerciements au New American Cinema Group.

F.B.

 

 

          MAGELLAN

 

 

Spoutnik, dimanche 30 mars, à 14h:

MAGELLAN (Etats-Unis, 1972-1984, inachevé, 315')


Archipel, salle Pittoëf, mercredi 2 avril, à 22h 30:
:
CADENZAS I & XIV (1977, 11')
THE BIRTH OF MAGELLAN: MINDFALL I & VII (1977, 36'), OTHERWISE UNEXPLAINED FIRES (1976, 14')
STRAITS OF MAGELLAN: DRAFTS AND FRAGMENTS (1974, 51')


Archipel, jeudi 3 avril, à 22h 30:

YELLOW SPRINGS (1972, 5')
SUMMER SOLSTICE (1974, 32')
AUTUMNAL EQUINOX (1974, 27')
WINTER SOLSTICE (1974, 33')


Archipel, samedi 5 avril, à 22h 30:

MAGELLAN: AT THE GATES OF DEATH:
THE RED GATE
(1976, 54')
AT THE GATES OF DEATH:
THE GREEN GATE
(1976, 52')


Prix d'entrée: au Spoutnik, 20.- / 12.- et à Archipel, 10.- / 6.-
Renseignements au 022/329.24.22 ou chez www.archipel.org

 

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