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Daniel Van Arb (l'un des membres du groupe zürichois)
se souvient et à l'évocation de ce qu'il appelait "leur
désir de fonder une brigade internationale" éclate
d'un fou rire convulsif et interminable. Cet excès de rire crée
le décalage entre ses croyances de jeunesse et celles d'aujourd'hui.
Avec le recul, il en est arrivé à juger ses actes d'un regard
amusé et critique, les trouvant un peu puérils.
De connections en connections, la bande rencontre plusieurs figures de
la lutte armée de l'époque mais ne passent eux-mêmes
jamais réellement à l'acte. Ils font entrer des armes en
Italie et affrontent la police lors de différentes manifestations.
Ils échafaudent des plans pour renverser Franco en Espagne, assassiner
le shah d'Iran, ou libérer des prisonniers politiques, mais le
véritable tournant de leurs activités se fera après
leur rencontre avec Petra Krause, membre des brigades rouges allemandes.
Ils perpétuent plusieurs attentats à la bombe à Zürich
qui feront la une des journaux, comme l'explosion de l'ambassade espagnole
et du siège d'ITT. Ces attentats n'ont fait aucun mort, mais ont
atteint le but désiré, dénoncer la dictature et le
capitalisme, et faire parler d'eux. Peu de temps après ces événements,
ils sont arrêtés dans les rues de Zürich et emprisonnés.
Petra Krause, elle aussi, est arrêtée en Allemagne, mais
contrairement aux protagonistes du film, elle ne parlera pas à
la police et entamera une grève de la faim pour dénoncer
les quartiers de haute sécurité qui florissent dans les
prisons allemandes. Ce modèle de lutte qu'elle fut pour eux, les
renvoie à leur faiblesse lorsqu'ils avouent leurs délits
aux policiers et plient sous la pression de leurs géoliers. Daniel
Van Arb dira: "La première vérité, c'est que
je n'étais pas un héros, je ne savais pas qui j'étais."
Les trois protagonistes centraux du film ont passé entre quatre
et six ans en prison. On les retrouve vingt ans plus tard, tantôt
amers, tantôt amusés, tantôt sceptiques. Ils racontent,
les vols, les explosifs, les attentats, les contacts, la cause. Chacun
a interiorisé ces années de rébellion à sa
manière et les hommes qu'ils sont aujourd'hui dégagent une
force tranquille. On sent pourtant de la souffrance dans les récits
de leurs années d'emprisonnement et des regrets aussi, non pas
de leurs actes, mais de leurs conséquences. L'un deux n'a pu quitter
la Suisse pendant plus de vingt ans, car il était encore condamné
pour des délits en Italie, et c'est avec amertume dont'il nous
parle de la Suisse comme d'une prison dorée. Son ami et collègue
de lutte s'est vu passer deux mois en prison en Inde car les autorités
indiennes l'avaient encore répertoriés comme individu dangereux
recherché.
Les armes, ainsi que les livres du groupuscule sont aujourd'hui exposés
au musée de la criminalité à Zürich. Les réalisateurs
nous offrent une visite guidée de ce musée en compagnie
de l'un de ces fameux "terroristes". Moment fort du film, a-t-on
souvent l'occasion de payer pour visiter son passé au milieu d'autres
curieux?
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