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Le titre a la consonnance du slogan publicitaire d'une fameuse marque
de chaussures. Pourtant, lors de son visionnement, on serait plutôt
tenté de penser le contraire: "Don't do it!"
Ce film retrace les pas d'une bande d'anarchistes zürichois de seize
ans, qui sévirent au début des années septante. À
travers le témoignage éloquent de trois des membres de cette
"organisation", Gisiger et Zwingli reviennent sur les motivations
de ces jeunes et tentent d'expliquer ce qui les mena de la conviction
politique à l'action directe.
A partir de 1970, le groupe anarchiste, las des discussions politiques
et poussé par les évènements tragiques qui se déroulent
en Espagne et ailleurs, passe à l'acte et commence à piller
plusieurs casernes pour en extorquer des armes. Ils tentent de contacter
d'autres réseaux en Europe pour les leur fournir, mais les choses
ne se passent pas aussi facilement. Ils sont tout d'abord refoulés
par l'IRA qui leur donne un contact en Italie. A Milan, ils rencontrent
un certain Roberto, qui leu rprocurera des adresses et avec qui ils commenceront
un mini "traffic d'armes".
Daniel Van Arb (l'un des membres du groupe zürichois) se souvient
et à l'évocation de ce qu'il appelait "leur désir
de fonder une brigade internationale" éclate d'un fou rire
convulsif et interminable. Cet excès de rire crée le décalage
entre ses croyances de jeunesse et celles d'aujourd'hui. Avec le recul,
il en est arrivé à juger ses actes d'un regard amusé
et critique, les trouvant un peu puérils.
De connections en connections, la bande rencontre plusieurs figures de
la lutte armée de l'époque mais ne passent eux-mêmes
jamais réellement à l'acte. Ils font entrer des armes en
Italie et affrontent la police lors de différentes manifestations.
Ils échafaudent des plans pour renverser Franco en Espagne, assassiner
le shah d'Iran, ou libérer des prisonniers politiques, mais le
véritable tournant de leurs activités se fera après
leur rencontre avec Petra Krause, membre des brigades rouges allemandes.
Ils perpétuent plusieurs attentats à la bombe à Zürich
qui feront la une des journaux, comme l'explosion de l'ambassade espagnole
et du siège d'ITT. Ces attentats n'ont fait aucun mort, mais ont
atteint le but désiré, dénoncer la dictature et le
capitalisme, et faire parler d'eux. Peu de temps après ces événements,
ils sont arrêtés dans les rues de Zürich et emprisonnés.
Petra Krause, elle aussi, est arrêtée en Allemagne, mais
contrairement aux protagonistes du film, elle ne parlera pas à
la police et entamera une grève de la faim pour dénoncer
les quartiers de haute sécurité qui florissent dans les
prisons allemandes. Ce modèle de lutte qu'elle fut pour eux, les
renvoie à leur faiblesse lorsqu'ils avouent leurs délits
aux policiers et plient sous la pression de leurs géoliers. Daniel
Van Arb dira: "La première vérité, c'est que
je n'étais pas un héros, je ne savais pas qui j'étais."
Les trois protagonistes centraux du film ont passé entre quatre
et six ans en prison. On les retrouve vingt ans plus tard, tantôt
amers, tantôt amusés, tantôt sceptiques. Ils racontent,
les vols, les explosifs, les attentats, les contacts, la cause. Chacun
a interiorisé ces années de rébellion à sa
manière et les hommes qu'ils sont aujourd'hui dégagent une
force tranquille. On sent pourtant de la souffrance dans les récits
de leurs années d'emprisonnement et des regrets aussi, non pas
de leurs actes, mais de leurs conséquences. L'un deux n'a pu quitter
la Suisse pendant plus de vingt ans, car il était encore condamné
pour des délits en Italie, et c'est avec amertume dont'il nous
parle de la Suisse comme d'une prison dorée. Son ami et collègue
de lutte s'est vu passer deux mois en prison en Inde car les autorités
indiennes l'avaient encore répertoriés comme individu dangereux
recherché.
Les armes, ainsi que les livres du groupuscule sont aujourd'hui exposés
au musée de la criminalité à Zürich. Les réalisateurs
nous offrent une visite guidée de ce musée en compagnie
de l'un de ces fameux "terroristes". Moment fort du film, a-t-on
souvent l'occasion de payer pour visiter son passé au milieu d'autres
curieux?
Ce film pose la question du militantisme et du potentiel de la lutte armée.
Il met en relief les possibilités de révolte que possédaient
les gens à l'époque, et encore aujourd'hui, et se demande
comment faire pour changer les choses. Ces trois zürichois y croyaient,
et pour citer l'un deux: "On avait la sensation de pouvoir changer
les choses, déclencher une révolution. On regardait l'évolution
de la lutte à Cuba, et on se disait que c'était possible,
même avec de vieux fusils, on avait des modèles!" En
seront-ils pour nous?
joelle Bertossa
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