DO IT
de Sabine Gisiger et marcel Zwingli

(Suisse, 2000, 97'), vo st.

 

 
 

Le titre a la consonnance du slogan publicitaire d'une fameuse marque de chaussures. Pourtant, lors de son visionnement, on serait plutôt tenté de penser le contraire: "Don't do it!"
Ce film retrace les pas d'une bande d'anarchistes zürichois de seize ans, qui sévirent au début des années septante. À travers le témoignage éloquent de trois des membres de cette "organisation", Gisiger et Zwingli reviennent sur les motivations de ces jeunes et tentent d'expliquer ce qui les mena de la conviction politique à l'action directe.
A partir de 1970, le groupe anarchiste, las des discussions politiques et poussé par les évènements tragiques qui se déroulent en Espagne et ailleurs, passe à l'acte et commence à piller plusieurs casernes pour en extorquer des armes. Ils tentent de contacter d'autres réseaux en Europe pour les leur fournir, mais les choses ne se passent pas aussi facilement. Ils sont tout d'abord refoulés par l'IRA qui leur donne un contact en Italie. A Milan, ils rencontrent un certain Roberto, qui leu rprocurera des adresses et avec qui ils commenceront un mini "traffic d'armes".
Daniel Van Arb (l'un des membres du groupe zürichois) se souvient et à l'évocation de ce qu'il appelait "leur désir de fonder une brigade internationale" éclate d'un fou rire convulsif et interminable. Cet excès de rire crée le décalage entre ses croyances de jeunesse et celles d'aujourd'hui. Avec le recul, il en est arrivé à juger ses actes d'un regard amusé et critique, les trouvant un peu puérils.
De connections en connections, la bande rencontre plusieurs figures de la lutte armée de l'époque mais ne passent eux-mêmes jamais réellement à l'acte. Ils font entrer des armes en Italie et affrontent la police lors de différentes manifestations. Ils échafaudent des plans pour renverser Franco en Espagne, assassiner le shah d'Iran, ou libérer des prisonniers politiques, mais le véritable tournant de leurs activités se fera après leur rencontre avec Petra Krause, membre des brigades rouges allemandes.
Ils perpétuent plusieurs attentats à la bombe à Zürich qui feront la une des journaux, comme l'explosion de l'ambassade espagnole et du siège d'ITT. Ces attentats n'ont fait aucun mort, mais ont atteint le but désiré, dénoncer la dictature et le capitalisme, et faire parler d'eux. Peu de temps après ces événements, ils sont arrêtés dans les rues de Zürich et emprisonnés.
Petra Krause, elle aussi, est arrêtée en Allemagne, mais contrairement aux protagonistes du film, elle ne parlera pas à la police et entamera une grève de la faim pour dénoncer les quartiers de haute sécurité qui florissent dans les prisons allemandes. Ce modèle de lutte qu'elle fut pour eux, les renvoie à leur faiblesse lorsqu'ils avouent leurs délits aux policiers et plient sous la pression de leurs géoliers. Daniel Van Arb dira: "La première vérité, c'est que je n'étais pas un héros, je ne savais pas qui j'étais."
Les trois protagonistes centraux du film ont passé entre quatre et six ans en prison. On les retrouve vingt ans plus tard, tantôt amers, tantôt amusés, tantôt sceptiques. Ils racontent, les vols, les explosifs, les attentats, les contacts, la cause. Chacun a interiorisé ces années de rébellion à sa manière et les hommes qu'ils sont aujourd'hui dégagent une force tranquille. On sent pourtant de la souffrance dans les récits de leurs années d'emprisonnement et des regrets aussi, non pas de leurs actes, mais de leurs conséquences. L'un deux n'a pu quitter la Suisse pendant plus de vingt ans, car il était encore condamné pour des délits en Italie, et c'est avec amertume dont'il nous parle de la Suisse comme d'une prison dorée. Son ami et collègue de lutte s'est vu passer deux mois en prison en Inde car les autorités indiennes l'avaient encore répertoriés comme individu dangereux recherché.
Les armes, ainsi que les livres du groupuscule sont aujourd'hui exposés au musée de la criminalité à Zürich. Les réalisateurs nous offrent une visite guidée de ce musée en compagnie de l'un de ces fameux "terroristes". Moment fort du film, a-t-on souvent l'occasion de payer pour visiter son passé au milieu d'autres curieux?
Ce film pose la question du militantisme et du potentiel de la lutte armée. Il met en relief les possibilités de révolte que possédaient les gens à l'époque, et encore aujourd'hui, et se demande comment faire pour changer les choses. Ces trois zürichois y croyaient, et pour citer l'un deux: "On avait la sensation de pouvoir changer les choses, déclencher une révolution. On regardait l'évolution de la lutte à Cuba, et on se disait que c'était possible, même avec de vieux fusils, on avait des modèles!" En seront-ils pour nous?
 

joelle Bertossa

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