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Correspondances
Durant l'écriture, la préparation et le tournage de La vie
nouvelle, Philippe Grandrieux et son co-scénariste Eric Vuillard,
se sont écrits par mails. Ont étés choisis quelques
fragments de cette ample correspondance.
Ruines
Dimanche. Je reste à l'hôtel, Sofia est une épreuve
psychique. Le vivre encore est douloureux mais nulle part ailleurs ne
peut être tourné ce film.Cette nuit, rêves difficiles,
la sensation de ne plus pouvoir faire, de ne plus rien savoir, tout voué
àla ruine, au désastre. Le film est placé à
cet horizon, d'une grande perte, d'un grand risque. Il me semble de plus
en plus qu'il doit y avoir peu de lieux dans le film, quelques paysages.
Ce film doit se placer, nous placer, dans le seul champ d'une activité
inconsciente.
Première scène
Je suis si heureux de te lire.
Oui, tu as raison, les cheveux ne doivent pas être coupés,
mais tranchés.
Il me semble, intuitivement, que je voudrais commencer le film avec Mélania,
que ce soit la première chose que je vise, son visage.
Peut-être faut-il imaginer une scène entre Roscoe et Mélania.
Une scène assez énigmatique, un immense amour pourtant entre
eux. Puis ce carton qui vient du muet "le temps a passé",
si proche du début de l'Aurore.
Un acte
Je me demande soudain si ce carton ne donne pas à cette séquence
une importance trop grande, comme une scène primitive qui viendrait
porter son ombre sur tout le film.
...
Incroyables détours, je repense aux cheveux, à la lumière,
à l'extérieur, à Boyan et Mélania, aux cheveux
tranchés et Mélania si troublante comme un jeune garçon.
Puis le jour est plus bas. Boyan embrasse Mélania. Puis c'est la
nuit qui vient sur la chevelure éparse, éparpillée
sur le sol, sur le sol, sur la neige. Puis ce serait le premier coup,
sourd, et de cette nuit viendraient, pris dans la lumière, les
visages éblouis, les corps d'une humanité égarée,
problématique. Des dizaines et des dizaines de corps, de groupes
d'homems et de femmes et des vieillards, et ça n'en finirait pas
de surgir de la nuit, d'une nuit immense, sans bord.
J'ai le sentiment que c'est ce qu'il faut soutenir. C'est ce que le film
réclame. Un geste définitif.
Le baiser
J'imagine une séquence au coeur de l'histoire où l'on verrait
tous les "personnages", de manière isolée, hurler
longuement.
Le film traverse effectivement des rituels: les cheveux, le sommeil, le
rire, la grande joie et les hurlements de ces hommes et de ces femmes,
bouches grandes ouvertes, les yeux écarquillés.
Le baiser entre Boyan et Mélania, je l'imagine comme une chose
très charnelle, incroyablement concrète, leurs bouches,
leurs langues, quelque chose d'une grande animalité aussi.
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