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CE VIEUX RÊVE QUI BOUGE de Alain Guiraudie (France, 2001, 50')
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Dans un "jeune cinéma français" où les
(trop) bons élèves sont légion et les regards vraiment
singuliers fort rares, Alain Guiraudie a dabord limmense mérite
de faire des films qui ne ressemblent à rien de connu. De ce point
de vue, Du soleil pour les gueux, son précédent moyen métrage,
faisait fort, entre western privé de chevaux, film danticipation
politique, conte cruel, vertige des grands espaces et délicate
invention langagière. Un cinéaste était né,
et cette éclosion nétait pas passée inaperçue.
Mais il était difficile de deviner vers quel territoire cette étrangeté
décriture allait se déplacer, et si Guiraudie allait
dépasser sa veine de fantaisiste épris de cinéma
de genre ou bien se cantonner dans des relectures imagées dune
réjouissante inventivité. Ecrit avant Du soleil pour les
gueux, Ce vieux rêve qui bouge (ce mec a le génie des titres !)
réussit le prodige daffermir le propos sans perdre en bizarrerie.
Alors quil paraît pourtant plus délicat de parler de
la fermeture dune usine et du triste sort de ses derniers ouvriers
que de délirer à plein rendement avec des histoires danimaux
fantastiques et de chasseurs de prime qui cavalent sur le Causse
De la même manière que Du soleil pour les gueux disait deux
ou trois choses de la violence de lordre social ou de la précarité
professionnelle, mais sans avoir lair de trop y toucher, sans nuire
à son aspect de film daventures, Ce vieux rêve qui
bouge prend son motif très au sérieux, mais sans jamais
sombrer dans lesprit de sérieux ou de démonstration.
Le film évite ainsi lécueil devenu tristement
courant depuis que le cinéma français a entrepris son grand
retour au social de lexemplarité et du symbolisme
excessifs. Il sagit moins de concevoir une fable ouvriériste
consacrée aux contrecoups de la mondialisation que denregistrer
en mineur les lointains et incertains échos du grand chambardement
industriel, en racontant une histoire de rencontres et de désirs,
portée par des personnages qui ne représentent queux-mêmes,
plutôt quen cherchant à illustrer une thèse
quelconque. |