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A propos du CAS PINOCHET
de Patrizio Guzman
Cinéaste chilien-militant, principal documentariste de l'Unité
populaire (coalition des partis de gauche) au début des années
70, auteur en exil d'un documentaire-fleuve sur le renversement
du gouvernement Allende, La Bataille du Chili, Patricio Guzman n'a pourtant
rien du documentariste politique véhément et frénétique.
Son cinéma se veut plus analytique que démonstratif. Son
engagement reste celui d'un observateur distancié. Lorsqu'il s'agit
de rendre compte de l'inespérée immobilisation d'Augusto
Pinochet sur le sol britannique pour cause de demande d'extradition de
la part de la justice espagnole, Guzman opte là encore pour la
rigueur et la sobriété. Il élabore Le cas Pinochet
en tissant finement deux fils directeurs: la parole vive des victimes
du régime dictatorial, et le récit de l'imbrioglio judiciaire
du général sanguinaire. Figures héroïques de
la résistance à un régime qui nie jusqu'à
l'existence de ses opposants (los desaparecidos), les victimes, des femmes
pour la plupart, sont filmées en plan américain fixe dans
un décor dépouillé. Elles disent la souffrance de
la perte d'un être cher, la torture physique et morale insoutenable,
la détresse face à l'amnésie générale
de leurs concitoyens. La caméra de Guzman recueille avec pudeur
le récit de ces destins meurtris et les oppose à l'exposé
chronologique des rebondissements juridiques de "l'affaire Pinochet".
Recueil des plaintes, demande d'extradition, assignation à résidence,
pressions politiques...le second fil narratif du film est monté
comme un feuilleton à suspens. Il conclut le documentaire par un
point d'interrogation: Pinochet, premier dictateur poursuivi par la justice
internationale, mais puissamment protégé par certaines démocraties
occidentales, sera-t-il jamais jugé?
L.M /Positif n° 490
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