Le Cas Pinochet
de Patrizio Guzman
(France-Chili, 2001, 110')

 

 
 

SYNOPSIS
 
Le mardi 22 septembre 1998, le général Augusto Pinochet s’envole vers Londres pour un voyage d’agrément. Là-bas, il se repose quelques jours, prend le thé avec Margaret Thatcher. Il a l’intention de se rendre à Paris. Mais de subites douleurs de dos l’obligent à se faire opérer dans une clinique de Londres.
A son réveil il est arrêté par la police.
Que s’est-il passé ?
 
Deux ans avant que Pinochet ne prenne l’avion, Carlos Castresana, un jeune procureur de Madrid, découvre un article légal qui permet à la justice espagnole d’intervenir dans n’importe quel pays où l’on pratique génocide, torture ou terrorisme. Poussé par un désir élémentaire de justice, ce procureur porte plainte contre les militaires argentins et contre Pinochet. Le juge Baltazar Garzon considère les plaintes comme recevables.
La machine judiciaire est en marche. Des centaines de victimes chiliennes arrivent à Madrid pour témoigner devant le juge.
Ce sont surtout des femmes, parentes des disparus, ex-prisonnières victimes de tortures dans les prisons secrètes.
Les avocats remettent au juge des milliers de documents recueillis par l’église catholique pendant les 17 ans de dictature.
 
De Madrid, le juge Garzon demande l’arrestation immédiate de Pinochet, arrestation effectuée par Scotland Yard à la surprise du monde entier.
Ensuite l’Espagne demande officiellement l’extradition de l’ex dictateur vers Madrid et plus tard la Chambre des Lords supprime son immunité parlementaire. Le général reste 503 jours assigné à résidence dans la banlieue de Londres jusqu’à ce que le gouvernement de Tony Blair le libère pour des raisons de santé.
 
Cependant, quand Pinochet arrive au Chili, il se retrouve confronté aux 200 plaintes déposées contre lui.
Après de nombreuses péripéties, la Cour Suprême finit par lui retirer son immunité parlementaire.
Finalement le 29 janvier 2001 le juge Juan Guzman ordonne son assignation à résidence.
La population n’a plus peur et la justice chilienne rattrape le temps perdu.


NOTE D’INTENTION
 
C’est à Madrid que j’ai appris l’arrestation de Pinochet. J’étais en plein déménagement, pour revenir vivre à Paris, quand j’ai entendu la nouvelle. Je suis resté stupéfait !
Comment était-il possible de voir à la télévision l’image de l’ex dictateur, " arrêté à Londres " (à 12000 kilomètres du Chili ?)  pour ses crimes contre l’humanité.
Au milieu des cartons et des valises, j’ai commencé à téléphoner. Personne ne savait rien. Je suis resté un long moment sans savoir que faire…. Tous les objets qui étaient dans la maison me ramenaient vers le passé (surtout les bobines de mes films) : 27 ans d’exil à aller d’un pays à l’autre… Jusqu’à quel point Pinochet faisait-il partie de ma vie ? Combien d’années étais-je resté face à lui ?
Il y a 28 ans j’ai eu la chance de tourner La bataille du Chili, un film documentaire qui parlait de la révolution socialiste de Salvador Allende et du terrible coup d’Etat de Pinochet.
Plus tard, j’ai vécu dans 5 pays différents, comme un cinéaste nomade,  mais j’avais pu revenir à Santiago pour faire d’autres films sur les personnes qui étaient restées et luttaient contre la dictature.
Maintenant je pouvais enfin raconter la fin de cette histoire.
Après 3 ans de travail qu’est-ce qui m’a le plus impressionné dans ce procès ?
D’abord j’ai vu un dictateur incapable de donner le change, harcelé par la justice et qui devenait chaque jour un peu plus petit. J’ai aussi vu et filmé mes compatriotes divisés en deux groupes irréconciliables. J’ai filmé beaucoup de victimes, pour la plupart des femmes, pleines de confiance dans l’avenir. C’est ce qui "l’incrédulité ", sur un événement qui semblait "irréel ", sur un " accident " qui a permis à la justice de lever l’impunité d’un tyran connu du monde entier.
Le film raconte comment " l’impossible " est devenu possible.
Et surtout comment une action judiciaire d’une telle ampleur a pu être mise en place alors que personne, absolument personne n’aurait pu, jusque là, imaginer qu’elle puisse aboutir.
 
Patricio Guzman

 

A propos du CAS PINOCHET de Patrizio Guzman


Cinéaste chilien-militant, principal documentariste de l'Unité populaire (coalition des partis de gauche) au début des années 70, auteur en exil d'un documentaire-fleuve sur le renversement  du gouvernement Allende, La Bataille du Chili, Patricio Guzman n'a pourtant rien du documentariste politique véhément et frénétique. Son cinéma se veut plus analytique que démonstratif. Son engagement reste celui d'un observateur distancié. Lorsqu'il s'agit de rendre compte de l'inespérée immobilisation d'Augusto Pinochet sur le sol britannique pour cause de demande d'extradition de la part de la justice espagnole, Guzman opte là encore pour la rigueur  et la sobriété. Il élabore Le cas Pinochet en tissant finement deux fils directeurs: la parole vive des victimes du régime dictatorial, et le récit de l'imbrioglio judiciaire du général sanguinaire. Figures héroïques de la résistance à un régime qui nie jusqu'à l'existence de ses opposants (los desaparecidos), les victimes, des femmes pour la plupart, sont filmées en plan américain fixe dans un décor dépouillé. Elles disent la souffrance de la perte d'un être cher, la torture physique et morale insoutenable, la détresse face à l'amnésie générale de leurs concitoyens. La caméra de Guzman recueille avec pudeur le récit de ces destins meurtris et les oppose à l'exposé chronologique des rebondissements juridiques de "l'affaire Pinochet". Recueil des plaintes, demande d'extradition, assignation à résidence, pressions politiques...le second fil narratif du film  est monté comme un feuilleton à suspens. Il conclut le documentaire par un point d'interrogation: Pinochet, premier dictateur poursuivi par la justice internationale, mais puissamment protégé par certaines démocraties occidentales, sera-t-il jamais jugé?


L.M /Positif n° 490
 
 
 
 

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