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SYNOPSIS
Le mardi 22 septembre 1998, le général Augusto Pinochet
senvole vers Londres pour un voyage dagrément. Là-bas,
il se repose quelques jours, prend le thé avec Margaret Thatcher.
Il a lintention de se rendre à Paris. Mais de subites douleurs
de dos lobligent à se faire opérer dans une clinique
de Londres.
A son réveil il est arrêté par la police.
Que sest-il passé ?
Deux ans avant que Pinochet ne prenne lavion, Carlos Castresana,
un jeune procureur de Madrid, découvre un article légal
qui permet à la justice espagnole dintervenir dans nimporte
quel pays où lon pratique génocide, torture ou terrorisme.
Poussé par un désir élémentaire de justice,
ce procureur porte plainte contre les militaires argentins et contre Pinochet.
Le juge Baltazar Garzon considère les plaintes comme recevables.
La machine judiciaire est en marche. Des centaines de victimes chiliennes
arrivent à Madrid pour témoigner devant le juge.
Ce sont surtout des femmes, parentes des disparus, ex-prisonnières
victimes de tortures dans les prisons secrètes.
Les avocats remettent au juge des milliers de documents recueillis par
léglise catholique pendant les 17 ans de dictature.
De Madrid, le juge Garzon demande larrestation immédiate
de Pinochet, arrestation effectuée par Scotland Yard à la
surprise du monde entier.
Ensuite lEspagne demande officiellement lextradition de lex
dictateur vers Madrid et plus tard la Chambre des Lords supprime son immunité
parlementaire. Le général reste 503 jours assigné
à résidence dans la banlieue de Londres jusquà
ce que le gouvernement de Tony Blair le libère pour des raisons
de santé.
Cependant, quand Pinochet arrive au Chili, il se retrouve confronté
aux 200 plaintes déposées contre lui.
Après de nombreuses péripéties, la Cour Suprême
finit par lui retirer son immunité parlementaire.
Finalement le 29 janvier 2001 le juge Juan Guzman ordonne son assignation
à résidence.
La population na plus peur et la justice chilienne rattrape le temps
perdu.
NOTE DINTENTION
Cest à Madrid que jai appris larrestation de
Pinochet. Jétais en plein déménagement, pour
revenir vivre à Paris, quand jai entendu la nouvelle. Je
suis resté stupéfait !
Comment était-il possible de voir à la télévision
limage de lex dictateur, " arrêté à
Londres " (à 12000 kilomètres du Chili ?)
pour ses crimes contre lhumanité.
Au milieu des cartons et des valises, jai commencé à
téléphoner. Personne ne savait rien. Je suis resté
un long moment sans savoir que faire
. Tous les objets qui étaient
dans la maison me ramenaient vers le passé (surtout les bobines
de mes films) : 27 ans dexil à aller dun pays
à lautre
Jusquà quel point Pinochet faisait-il
partie de ma vie ? Combien dannées étais-je resté
face à lui ?
Il y a 28 ans jai eu la chance de tourner La bataille du Chili,
un film documentaire qui parlait de la révolution socialiste de
Salvador Allende et du terrible coup dEtat de Pinochet.
Plus tard, jai vécu dans 5 pays différents, comme
un cinéaste nomade, mais javais pu revenir à
Santiago pour faire dautres films sur les personnes qui étaient
restées et luttaient contre la dictature.
Maintenant je pouvais enfin raconter la fin de cette histoire.
Après 3 ans de travail quest-ce qui ma le plus impressionné
dans ce procès ?
Dabord jai vu un dictateur incapable de donner le change,
harcelé par la justice et qui devenait chaque jour un peu plus
petit. Jai aussi vu et filmé mes compatriotes divisés
en deux groupes irréconciliables. Jai filmé beaucoup
de victimes, pour la plupart des femmes, pleines de confiance dans lavenir.
Cest ce qui "lincrédulité ",
sur un événement qui semblait "irréel ",
sur un " accident " qui a permis à la justice
de lever limpunité dun tyran connu du monde entier.
Le film raconte comment " limpossible " est
devenu possible.
Et surtout comment une action judiciaire dune telle ampleur a pu
être mise en place alors que personne, absolument personne naurait
pu, jusque là, imaginer quelle puisse aboutir.
Patricio Guzman
A propos du CAS PINOCHET de Patrizio Guzman
Cinéaste chilien-militant, principal documentariste de l'Unité
populaire (coalition des partis de gauche) au début des années
70, auteur en exil d'un documentaire-fleuve sur le renversement
du gouvernement Allende, La Bataille du Chili, Patricio Guzman n'a pourtant
rien du documentariste politique véhément et frénétique.
Son cinéma se veut plus analytique que démonstratif. Son
engagement reste celui d'un observateur distancié. Lorsqu'il s'agit
de rendre compte de l'inespérée immobilisation d'Augusto
Pinochet sur le sol britannique pour cause de demande d'extradition de
la part de la justice espagnole, Guzman opte là encore pour la
rigueur et la sobriété. Il élabore Le cas Pinochet
en tissant finement deux fils directeurs: la parole vive des victimes
du régime dictatorial, et le récit de l'imbrioglio judiciaire
du général sanguinaire. Figures héroïques de
la résistance à un régime qui nie jusqu'à
l'existence de ses opposants (los desaparecidos), les victimes, des femmes
pour la plupart, sont filmées en plan américain fixe dans
un décor dépouillé. Elles disent la souffrance de
la perte d'un être cher, la torture physique et morale insoutenable,
la détresse face à l'amnésie générale
de leurs concitoyens. La caméra de Guzman recueille avec pudeur
le récit de ces destins meurtris et les oppose à l'exposé
chronologique des rebondissements juridiques de "l'affaire Pinochet".
Recueil des plaintes, demande d'extradition, assignation à résidence,
pressions politiques...le second fil narratif du film est monté
comme un feuilleton à suspens. Il conclut le documentaire par un
point d'interrogation: Pinochet, premier dictateur poursuivi par la justice
internationale, mais puissamment protégé par certaines démocraties
occidentales, sera-t-il jamais jugé?
L.M /Positif n° 490
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