EPOCA
de Andreas Hoessli et Isabella Huser
(2002, Suisse, 90 min)

 
 

 

Qu’est-ce qui devient l’Histoire? De quels ingrédients est-elle fabriquée? De quoi va-t-on se souvenir et quel fait marque une époque?
Oeuvre forte de questions philosophiques et d’images poétiques, entre documentaire et essai, Epoca est un OVNI, composé de matériaux disparates. 20ème siècle: dans les archives de Russie, de Pologne, des Etats-unis et d’Allemagne, les Suisses Andreas Hoessli et Isabella Huser ont trouvé du matériel d’archive jusqu’ici inédit et inconnu. Images dénichées dans la poubelle de l’Histoire, représentations d’événements clé mises en scène pour la caméra et captées sur pellicule. Ce "found footage" relativise certaines idées (pré-)conçues sur l’histoire récente de nos latitudes. En puisant dans ces fictions de l’Histoire créées pour la postérité, les deux auteurs d’Epoca décomposent et recomposent les images, rendant la situation du tournage explicite. À la fin, une nouvelle Histoire est née, qui n’est pas celle pour laquelle les scènes étaient initialement tournées.
Ce voyage à travers le temps passe par la naissance de la bombe atomique, les procès militaires à la fin de la deuxième guerre mondiale, l’utilisation "correcte" du détecteur de mensonge, la découverte de Majdanek, premier camp de la mort libéré en 1944, presque une année avant la fin de la guerre. Le récit donne également la parole à Einstein, à l’embaumeur de Lénine, à un agent de KGB, à un Américain soupçonné d’espionnage, qui s’était fait une nouvelle vie en URSS.
Le film propose aussi un voyage fictif sur certains lieux où le narrateur s’était auparavant rendu comme reporter pour y couvrir des événements qui ont marqué l’Histoire, tels les conflits de l’ex-Yougoslavie. Aujourd’hui, il accorde son attention sur des gens et des lieux négligés des chroniques, terrains vagues, paysages abandonnés, asiles de l’Est. Epoca nous donne à voir une valse de visages, regards fixés sur la caméra. Ils réagissent à l’objectif et un échange s’installe. Epoca devient alors un dialogue entre le temps présent et l’Histoire. Souvenirs contemporains de personnes devenues jouets des événements historiques, défilé d’êtres aux biographies brisées et de mémoires ancrées dans nos crânes.
Ces images, souvenirs et documents non-publiés s’imbriquent, se heurtent, se contredisent. De la recomposition des fragments naît une nouvelle représentation. Le film ne donne pas de réponses, mais pose des questions qui nous permettent de changer de thème et d’époque, de personnages et d’univers. Au cœur du récit, une question sert de fil conducteur: combien d’Histoire est capable de supporter le futur ?
Àgi Földhàzi / Source: Auri Calovi, janvier 2002

 

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