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Un Été chez Grand-Père
(Taiwan,1984, 102')
producteur: Yu Chen-yen pour Marble Road Production ;
scénario: Chu Tien-wen, musique: Edward Yang, Tu Duu-chih ;
avec Wang Chi-kuang, Li Shu-tien, Ku Chun, Mei Fang, Yeng Cheng-kuo,... ;
1er prix au Festival Trois Continents 1985, Nantes; meilleure réalisation
au Festival du film Asie-Pacifique, 1985.
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Pour Les Garçons de Fengkuei, la lecture des mémoires de
Chen Cong-wen m'a conduit à demander au caméraman de prendre
sans cesse de la distance par rapport à l'action. Je passais mon
temps à lui dire : "plus loin, plus loin." Pour le film
suivant, Un Été chez Grand-Père, j'ai dû faire
face aux mêmes incertitudes, aux mêmes questions de forme
et de fond, etc. Je me suis cru à nouveau bloqué. Or un
jour, chez Edward Yang, nous avons regardé la vidéo d'dipe
Roi de Pasolini. Ce fut la réponse à toutes mes interrogations.
Ce film m'a fait comprendre qu'il y a au cinéma quatre point de
vue différents : le point de vue objectif du réalisateur,
plus son imagination, le point de vue objectif du personnage principal,
plus son imagination. Faire un film, c'est jouer avec ces quatre points
de vue. Dans Un Été chez Grand-Père, il y a une scène
où le héros, perchés dans un arbre, voit arriver
une fille. Je filme le long moment de l'attente, les champs à l'horizon,
les arbres qui bougent... Cette scène est venue d'un souvenir personnel
: lorsque j'avais treize ans, j'allais cueillir des mangues et je montais
moi-même aux arbres. C'est le film de Pasolini qui m'a donné
envie de la construire comme je l'ai fait.
Hou Hsiao-hsien, 1999
(...)
Il y a donc un lieu de la ville moderne et Kuomintang et
un de la campagne, intemporel et confucéen. Larticulation
entre les deux, cest la maladie. Allongée sur un lit dhôpital,
une très jeune mère fait des recommandations à ses
enfants pour les vacances. Au long du film, sa maladie et son opération
imminente pèsent sur lhumeur et la tonalité des vacances,
ce sont les nouvelles quon attend du monde extérieur. Cette
menace se répercute dans les différentes images de mort
et de blessure qui parsèment les vacances (menace de meurtre, oiseau
mort, chute dun arbre, grossesse interrompue) et fait découvrir
par ricochet le métier du grand-père, médecin de
campagne.
(...) Si on pense, devant les diverses variations sur les groupements
de la famille, à une sorte dêtre asiatique contemplatif
(Yan Huizeng rattache sa technique de lespace
vidé , particulièrement en évidence ici,
à la poésie de Tang), et bien sûr à Ozu, il
est nécessaire de savoir que ce cinéma de poésie
vient de bien plus près, puisque cest la vision ddipe
Roi de Pasolini qui a libéré Hou Hsiao-hsien de tout sentiment
dobligation envers limitation de la nature. Le
cinéma occidental ma appris quon peut se débarrasser
des contraintes de la logique, des obligations du montage, quon
peut se débarrasser des plans inutiles , disait Hou
avant le tournage de ce film. Et ses cimes darbres remués
par le vent viennent autant du prologue de Pasolini que de la peinture
chinoise.
(...) Peut-être le titre de la distribution internationale, en mettant
en vedette le grand-père (le titre original veut simplement dire :
Les Vacances de Dongdong) est-il moins contresensique que dhabitude.
Il signale un enracinement à la deuxième génération,
une durée propre à la vie sur lîle, résistant
aux pressions de lextérieur comme la tortue ballottée
par les enfants, dans un autre moment magnifique. On sait que des films
dits autobiographiques de Hou, celui-ci lest moins, puisquil
renvoie non à son enfance, mais à celle de sa scénariste
Chiu Tien-wen. Peut-être est-il duc coup plus taiwanais.
Bernard Eisenschitz
(...)
Un été chez Grand-père commence ainsi. Lécole
est finie et la caméra, dans un élan virtuose, fait résonner
sur une multitude de visages denfants le discours dadieu dune
jeune élève. Synchronisant sa mise en scène sur lémotion
des grandes circonstances, Hou Hsiao-hsien nous offre-là, sans
prévenir, quelques minutes de pur mélo (un art de lentrée
en matière qui a la trempe dun Douglas Sirk, pas moins).
Si ces mouvements aériens et ce lyrisme du regard restent sans
écho, cest que la suite du récit, très vite,
ne les justifie plus : les deux enfants, que le cinéaste entraîne
loin de la ville, entrent dans limprévisible liberté
des vacances où lémotion, déprogrammée,
nest reconnaissable quà proximité, par tâtonnement.
Linfluence dOzu sur Hou Hsiao-hsien na jamais été
plus concrète que dans ce film. Au sein de lespace ontologique
de sa mise en scène, le cinéaste capte le pouvoir trouble
que les vacances exercent sur les deux enfants. Tung-tung et sa sur
traversent lété entre le vide et lennui (la
vacance totale du devoir) et lémoi de létat
dalerte (la disponibilité des sens face à un univers
nouveau et inconnu) entre la disparition et la résurgence violente
des émotions. Chaque scène du film repose sur lune
ou lautre des manifestations de ce pouvoir des vacances dont la
puissance est de rester, jusquau bout, mystérieuse. Hou Hsiao-hsien
ne récupère jamais les effets de cette sensibilité
contrariée, il lobserve simplement. La beauté de ce
regard se joue, du côté du jeune garçon, dans sa relation
avec le grand-père, homme distant et dune autorité
aussi ferme que muette.
(...)
Film sur la perception plus que sur ses retentissements (quel sera limpact
de ces flèches en suspens ? nul ne peut ici anticiper lavenir),
Un été chez grand-père est une fiction dont les règles
ne sont dictées que par le regard (documentaire) des enfants. (...)
Un été chez grand-père est un home movie
sincère, le plus beau de lannée 1984.
Frédéric Strauss
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