ELECTRIC DRAGON 80'000 VOLTS
 

 

en noir & blanc
le futur aujourd'hui.
cinquante-cinq minutes brutes de décoffrage.
quasi pas de dialogues.
un tourbillon visuel qui emporte toutes les références.
un VRAI film expérimental.
un possible jalon pour le cinéma du XXIème siècle!
BOUM!
 
O.K., O.K., on se calme tout de suite pour prendre le temps d'y voir plus clair; Une cinématographie qui s'étend sur plus de vingt ans, le temps d'experimenter différents langages visuels et narratifs, Ishii Sogo n'est évidemment pas le dernier venu et il nous offre avec ELECTRIC DRAGON 80'000 VOLTS, le film le plus grillé du fusible qu'il nous ait été donné de voir depuis longtemps (bon, depuis on a eu, pour n'en citer qu'un, ISHI THE KILLER (uncut s.v.p.) (tiens, c'est marrant, Sogo Ishii, Ishi the killer...), extraits d'interview :
 
Avec Shinya Tsukamoto (Tetsuo, Bullet Balet, Snake of June...), Sogo Ishii est l'autre grand barge du cinéma nippon (mais, n.d.r., on peut dire sans se fourvoyer, que sans l'inspiration de Ishii pas de Tsukamoto Shinya ni de Kurosawa Kyoshi), un chantre du nihilisme punk à nul autre pareil. Musicien à ses débuts, Ishii trouve dans le cinéma l'exutoire idéal de ses pulsions et orchestre des délires à la Mad Max, en 16 mm noir et blanc, n'hésitant pas à faire jouer délinquants et junkies. Fin du XXème siècle, Ishii s'apaise, devient plus méditatif, introspectif, bref se "respectabilise dans les festivals". Ses deux derniers films, Gojoe, chambara fantastique, et Electric Dragon 80 000 volts, délire cyberpunk, marquent un net retour vers ses débuts. Mais le bougre s'en défend avec vigueur et nous explique pourquoi...

 

   de Sogo Ishii (Japon, 2000, 55min.)
 

 

Vous êtes à la fois un cinéaste "cyberpunk" et un punk-rocker. Comment est née cette relation avec la culture underground?
 
Je ne sais pas vraiment si c'est la culture "underground" (souterraine) ou "aboveground" (de surface!) que j'aime et qui m'a influencé! Evidemment, la musique punk-rock, tout comme celle qui lui a succédé et qu'on appelle "alternative", ont eu une grande influence sur moi. Si vous appelez ça de la "culture underground", je suppose que ça en est, donc oui, on peut dire que j'ai été influencé par la culture underground. Mais il n'y a pas que ça, beaucoup d'autres choses m'ont influencé. Le plus important, c'est les moyens d'expression que m'offre cette culture "underground". Et je ne me soucie pas trop de savoir comment cette culture est reliée au reste de la société.
 
Au fil des ans, votre style est devenu plus serein. A partir d'Angel Dust, vous êtes passé de la violence frénétique à un style plus méditatif. Pourriez-vous commenter les raisons de cette évolution?
 
Si je vous en donne vraiment les raisons profondes, la réponse risque d'être très longue et compliquée! Pour résumer, je dirais qu'à l'époque où je tournais des films frénétiques, c'était très important pour moi de les tourner de cette façon. En même temps, je sentais qu'il y avait en moi des zones distinctes que je n'avais pas encore explorées. Et je sentais que si je continuais à faire les mêmes films, je n'exprimerais jamais tout ce que j'étais. Alors, j'ai commencé à plonger plus profondément en moi-même pour tenter de cerner ce que je n'avais pas encore exprimé. Et cela a donné Angel DUST et les films qui ont suivi. Mais il y a aussi une raison financière à cette évolution. A force de faire des films d'action frénétiques comme mes
premiers films, au bout d'un moment on veut faire des films comme GOJOE. Mais GOJOE est un film qui demande beaucoup d'argent, et il n'y a pas beaucoup de producteurs disposés à vous donner un budget confortable pour ce genre de divertissements. Je me dois d'ailleurs d'exprimer toute ma gratitude envers Sento Tankenori. Sans lui, GOJOE n'aurait jamais vu le jour. Si le film a pu se faire, c'est tout simplement parce qu'il a dit "Je veux le faire". Pareil pour ELECRTIC DRAGON 80 000V. En plus, il m'a laissé toute latitude pour faire ces films à ma façon.
 
Asano Tadanobu est un artiste complet: acteur, peintre, et chanteur dans votre groupe punk! Est-il en quelque sorte votre alter ego?
 

Ma première rencontre avec Asano s'est faite le jour où il est venu me trouver pour me dire qu'il voulait jouer dans un de mes films. C'était à l'époque d'August in the Water, mais je trouvais qu'il était un peu trop âgé pour le personnage. Par contre, pour LE LABYRINTHE DES REVES, il collait parfaitement au personnage, alors je n'ai pas hésité à l'employer. Cette collaboration a marqué le début d'une excellente relation amicale etprofessionnelle. Et il n'y a pas qu'avec Asano que je m'entends bien. Il y a aussi Masatoshi Nagase, nous sommes sur la même longueur d'onde, lui et moi. Asano et Masatoshi m'apportent vraiment beaucoup, tant
amicalement que professionnellement. Pareil pour Sento Tankenori, c'est très important pour moi de travailler avec une personne aussi stimulante. Et sans toutes ces amitiés précieuses, peut-être que je n'aurais jamais fait un film comme ELECRTIC DRAGON 80 000V, ce genre de film "underground"...
 
Je pensais qu'ELECRTIC DRAGON... représentait en fait un retour à vos racines...
 
Non, ce n'est pas vrai. Je n'ai pas essayé de remonter à mes origines. Même lorsque je faisais des films plus calmes comme LE LABYRINTHE DES REVES, je les faisais en étant animé de sentiments très passionnés, très violents. Ainsi, des énergies tout à la fois douces et fortes se cotoient à l'intérieur de moi.

 

    
 

 

Plusieurs de vos films ont obtenu des prix dans les festivals. Ces prix vous-ont ils aidé dans votre carrière?
 
Eh bien, au Japon, les critiques ne se soucient pas vraiment de mon travail, alors le fait d'être apprécié dans les grands festivals internationaux a vraiment quelque chose de stimulant et d'encourageant. Mais sur le plan financier proprement dit, cela ne m'a rien apporté.
 
Pensez-vous avoir gardé un côté rebelle?
 
J'étais très rebelle quand j'étais plus jeune. Dans mon premier film HIGHSCHOOL PANIC, on voit un étudiant tirer sur son professeur avec un fusil. Ca, c'est tout à fait moi à l'époque! (rires) Et dans cette scène, je n'expose pas les raisons de cette violence, je la montre, c'est tout. On
peut dire que la violence a été le point de départ de ma carrière de réalisateur. En même temps, j'ai toujours pensé que la violence ne pouvait être une fin en soi. Et je ne sais vraiment pas pourquoi j'ai pu nourrir une telle violence. Peut-être ai-je cherché la réponse en faisant des films...
 
Vous pensez avoir trouvé la réponse?
 
Non, pas encore. Mais vous savez, je déteste la vraie violence dans le monde réel. Donc, quand je tourne des scènes de violence, j'essaie de bien choisir ce que je montre.
 
Entretien réalisé par Robin Gatto au Festival de Rotterdam en janvier 2001.


 
Pour conclure, nous dirons que le "nihon no (neo) eiga" reste exemplaire et avec ce film, nous prouve encore une fois qu'il est rarement à la traîneet qu'il est un des rares cinémas (tout genres confondus) qui se régénère régulièrement et qui, sans peine, sait être en phase avec son temps.
 

 p.s. : une frénésie des tarifs exorbitants s'étant emparée d'une grande partie des distributeurs en Europe, il devient de plus en plus difficile de programmer des films récents et inédits sans exploser le budget. Pour tuer un film il n'y a pas mieux. Heureusement que dans la distribution on trouve encore des compagnies qui n'ont pas encore vendu leur âme et qui (peut-être) prennent des risques sans se couvrir derrière des montants faramineux.
Alors un grand merci au distributeur suisse du film de Ishii.

Ulf Lindquist
 

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