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A la suite de ses recherches picturales, sous légide de
Hans Hofmann, pionnier de lexpressionnisme abstrait, Ken Jacobs
simpose aux débuts des années 1960 comme lun
des acteurs du renouveau du cinéma underground, aux côtés
de Jack Smith, avec qui il collabore. Praticien aussi bien que théoricien
du cinéma (il fonde un département de films à lUniversité
de New York), Ken Jacobs a activement participé aux différentes
phases du cinéma expérimental américain contemporain
et postérieur à la Beat Generation, en sillustrant,
aujourdhui encore, dans le domaine du cinéma élargi
et de la performance.
Parmis les quelques films programmés dans ce cadre, plusieurs périodes
peuvent être dégagées. Ainsi, Little Stabs at Happiness
et Blonde Cobra (achevés en 1963), marqués par la participation
de Jack Smith et Jerry Sims, mettent en jeu une esthétique de léchec,
où le travestissement et ses attitudes sexuelles sont tournés
en dérision. Blonde Cobra, entrecoupés de passages noirs
accompagnés dune voix off, est la résultante de deux
films inachevés de J. Smith et Bob Fleischner, décrit par
K. Jacobs comme " un regard sur une vie qui explose, sur un homme
plein de fantaisie qui souffre, dans le Lower East Side, du dégoût
de l'Amérique des années 50, 40 et 30 "... A lopposé,
Tom Tom the Pipers Son (retouché en 1971) est une exploration
minutieuse et sous toutes ses coutures (à travers les procédés
du recadrage, du refilmage, etc.) dun film primitif éponyme
de 1905, tourné par Billy Bitzer (opérateur de Griffith,
entre autres) et " conservé " sur tirage papier. Anticipant
les études universitaires sur la formation dun " mode
de représentation institutionnel ", Ken Jacobs démontre
que des modes ouverts et concurrents de structuration de limage
étaient alors encore à loeuvre. Enfin, Looting for
Rodney (achevé en 1995) se pose comme une critique politique virulente
des émeutes noires de Los Angeles.
Pour le dire abruptement, Ken Jacobs a su développer une oeuvre
protéiforme et polymorphe dont on ne peut prétendre aussi
cavalièrement faire le tour dautant plus quelle
peut se révéler singulièrement résistante
face aux codes de lecture conventionnalisés du spectateur ordinaire
du cinéma
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