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Caractères rudes
Très vite, on comprend que les événements qui vont
se succéder ne correspondront pas à une conception classique
du récit mais au déroulement d'un temps atone, circulaire
quoique parsemé d'incidents plus ou moins importants, plus ou moins
anodins. Dans un univers où la parole est rare, Abolfazl Jalili
ne croit qu'en les vertus du cinéma pour donner un sens à
l'informe des choses. Avant d'être défini par quelque élément
biographique, son jeune héros est d'abord une force en action,
une pure et farouche énergie prise dans un mouvement perpétuel,
celui exigé par sa propre survie. Kaïm parcourt ainsi sans
arrêt les espaces désertiques de Delbaran à la recherche
de divers objets, poussant les véhicules qui tombent régulièrement
en panne. Il y a dans cette tenace obstination une violence rentrée
et une impatience qui s'exhibent parfois lorsque le jeune garçon
rudoie verbalement un vieux mécanicien qui tarde à lui donner
les outils nécessaires à la réparation d'un véhicule.
C'est que, à l'instar du héros de son précédent
long métrage Don, l'enfant chez Jalili ne suscite pas une immédiate
et facile empathie du spectateur. A la dureté des temps, les personnages
de ses films opposent la rudesse de leur caractère. De temps en
temps, un policier effectue une ronde chez Khan et Khale, qui lui répètent
ne jamais rencontrer de clandestins venus de l'autre côté
de la frontière. Ce qui semble ne pas être complètement
cru par le fonctionnaire. Jusqu'à ce qu'il embarque l'enfant au
poste.
Ce que montre très bien le film, c'est la façon dont l'économie
de rareté qui domine, comprend-on, dans ce lieu désolé,
entraîne une exigence de solidarité minimale. Celle-ci est
par ailleurs couplée avec une tradition d'hospitalité, une
compassion entretenue par les rumeurs (coups de feu, bruits d'avion) qui
dans le lointain rappellent la réalité de la guerre. C'est
de façon presque comique au cours d'un moment de repos (une partie
de cartes) que l'adolescent s'échappera avec le chauffeur d'un
camion en panne qui le traitera de sale afghan parce qu'il aura été
surpris en train de tricher.
Mais l'humanité du petit monde qui peuple Delabaran apparaît
d'autant plus authentique que le cinéaste refuse les règles
de la description psychologique classique. La mise en scène travaille
ainsi à saisir un rythme caché de l'univers. Par une méthode
très particulière de montage, la répétition
de mouvements (comme les courses de l'enfant), Jalili construit un espace
et un temps particuliers. Il y a dans l'usage sériel de certains
plans l'idée d'une répétition à l'infini des
gestes et des moments mais aussi la recherche d'un mouvement musical secret,
induisant un certain décalage dans la perception de la réalité.
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