Entretien avec Abolfazl Jalili

 

 
    DELBARAN
 

 

Comment Delbaran a-t-il été produit?
Il y a cinq ou six ans le festival du cinéma de Tokyo a présenté une sélection de mes films. Ils ont été remarqués par un producteur qui m'a demandé de lui proposer un projet. J'ai eu une idée pour un film lors d'un second séjour au Japon. Mais je lui ai demandé de d'abord produire Delbaran avant celui que j'avais en tête. Et il a accepté.
 
Le personnage principal est encore un enfant. celui-ci est d'ailleurs dur, peu sympathique.
Il n'y a pas vraiment de raison consciente pour ce choix. Dès mes premiers essais de cinéma, à l'âge de quinze ans, j'ai travaillé avec des enfants. J'en ai une grande habitude. J'ai voulu filemr l'incompréhension que je rencontrais moi-même adolescent. Je ne sais pas moi-même si j'ai été bon en tant qu'enfant. Je crée des personnages complexes. Cet enfant est né pendant la guerre, il l'a vécue. Il est plus violent qu'un autre qui ne l'aurait pas connue car il éprouve cette angoisse particulière.

 

 
  de Abolfazl Jalili (Iran, 2001, 96')
 

 

Il y a une grande solidarité des personnages du film vis-à-vis des réfugiés afghans.
Les Iraniens sont très hospitaliers. Ils aiment les étrangers. L'origine d'un homme n'est pas ce qu'il  ya de plus important. L'arrivée de ce enfant dans cet endroit monotone est un espoir pour ceux qui y résident depuis toujours. Il anime leur vie, ce qui accroît leur bonté. Même le policier qui veut l'expulser fait son travail à contrecoeur. Le sentiment intime est plus important que la loi chez les Iraniens, même si aujourd'hui la désobéissance n'est pas bien vue en République islamique.
Les policiers des frontières m'ont dit parfois être touchés par la détresse des réfugiés et fermer les yeux sur les passagers clandestins.
 
Comment avez-vous trouvé les comédiens du film?
Delbaran était un endroit en ruine. J'y suis allé et je me suis mis à reconstruire le café avec des amis. On me prenait pour un maçon. Et progressivement je me suis intégré. J'ai parlé de mon projet de film aux gens qui passaient et qui s'interrogeaient sur ma présence et je les ai recrutés. J'ai eu beaucoup de difficultés à trouver une actrice. C'est mal vu de faire du cinéma pour une femme. J'ai prétexté des dettes. Les gens étaient prêts à me soutenir contre d'éventuelles difficultés, mais impossible de trouver une femme qui accepte de tourner. Je suis croyant. J'ai prié pour avoir une actrice, ce qui a été l'objet de moquerie. Finalement, Ramatollha, la femme qui incarne Khale, a accepté de jouer le rôle. C'est une dame qui n'a peur de rien.

 

 
  
  Avez-vous eu des influences?
Je n'ai vu que très peu de films dans ma vie. J'ai été impressionné par le livre de Bresson Notes sur le cinématographe. J'écoute, je lis et j'observe beaucoup. Une interview de Jean-Luc Godard exprime une énergie qui m'est très utile. J'ai encore le sentiment d'être un étudiant en cinéma. Je doute et je m'interroge beaucoup.
 
On a l'impression que dans vos films, la vérité ne passe pas forcément par le pur réalisme.

La réalité se voit , mais la vérité se sent. J'ai eu une violente intuition de cela durant un voyage en avion, au-dessus des nuages. C'est la réalité. Mais en dessous il y a un monde, c'est cela la vérité. Vous ne la voyez pas, mais elle est là.
 
Propos recueillis par Jean-François Rauger
 
 

 

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