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HOTARU signifie luciole. Les lucioles s'illuminent
pour attirer leurs partenaires, alors je souhaitais faire un parrallèle
avec ce qui arrive aux deux personnages principaux, comment ils
s'attirent mutuellement. De plus dans les grandes villes, il y a
tellement de lumières que ceci trompe les lucioles. Il est
donc plus difficile pour elles de se trouver un partenaire à
cause de toutes ces lumières artificielles. Cela me paraît
être le cas également pour les gens. Il est difficile
aujourd'hui de rencontrer quelqu'un car il y a tellement d'autres
distractions dans la vie moderne.
C'est pourquoi il y a tellement de plans
de lumières dans votre film: feux d'artifices, bougies, cendres
incandescentes voltigeant au-dessus d'un feu; ce sont des métaphores
visuelles?
Oui.
Vous aviez dit quelque chose par rapport
au symbole Kanji utilisé pour le titre du film avant le début
de la projection. Ce n'est pas le symbole Kanji pour la luciole,
n'est-ce pas? On dirait un jeu de mots, ou plutôt un jeu avec
les symboles?
Le titre utilise deux symboles "Hi"
ce qui veut dire "feu" et "tareru" qui veux
dire "pendre", "laisser tomber" ou "abandonner
derrière soi", comme le "feu qui tombe", dont
la prononciation est proche en japonais de HOTARU.
Tous vos films se déroulent à
Nara, dans l'ancienne capitale du Japon, pourquoi?
C'est là où j'ai été
élevée, alors je connais très bien le coin.
C'est un endroit qui à beaucoup de sens pour moi.
Et qu'est-ce qui vous donné l'idée
de faire de votre personnage central une strip-teaseuse?
J'ai découvert un vieux club de strip-tease
à Nara, alors je m'y suis rendue plusieurs fois. L'endroit
avait vraiment l'air vieux, et j'ai pensé que cela pourrait
constituer un décor intéressant pour le film.
Et je suppose que le parallèle
tient également dans le cas de ces strip-teaseuses, qui sont
comme des lucioles en démonstration, qui essaient de captiver
l'attention des hommes qui viennent les regarder?
Oui. C'est correct.
Dans une des scènes de strip-tease,
il y a un effet qui donne l'impression que lorsque les strip-teaseuses
soulèvent leurs jupes, la lumière est totalement verdâtre,
proche de celle des lucioles. Ceci était-il intentionnel?
Ah oui. Oui je suppose que cela y ressemble,
mais je ne l'avais encore pas remarqué!
C'est un heureux hasard alors! L'autre
chose c'est que j'ai remarqué que ces scènes de strip-tease
sont très fortement stylisées. Au contraire du reste
du film où la caméra est portée, l'éclairage
est naturaliste, par contre dans les scènes de strip-tease
on a l'impression que vous avez utilisé un trépied
et que le montage est plus recherché, et tout à l'air
très consciemment mis en scène et éclairé.
En fait les scènes dans le club de
strip-tease ont été filmées caméra à
l'épaule, comme le reste du film (à l'exception de
la dernière scène du film qui a nécéssité
un trépied).Je voulais montrer comment le personnage principal
évolue pendant le film, et atteint une sorte de maturité,
et qu'à la fin il subit une métamorphose.
Une des scènes que j'ai préférées
est lorsque Ayako demande à Daji s'il aimerait qu'elle lui
apporte un plat qu'elle a préparé chez elle. Après
avoir partagé un tel niveau d'intimité, ils paraissent
très mal à l'aise en ce qui concerne une communication
plus quotidienne. La caméra, met le spectateur à distance
des personnages, de la même façon qu'ils sont à
ce moment-là en distance l'un par rapport à l'autre.
C'est ce que je souhaitais. La distance entre
les personnages, comme la distance de la caméra. Ce que je
voulais raconter c'est que les gens s'imaginent qu'après
avoir connu une intimité physique on atteint forcémment
une intimité tout court, et je ne crois pas que ce soit le
cas. Je ne pense pas qu'on puisse atteindre un autre en profondeur
si facilement. Je ne crois pas que le sexe rende forcémment
l'autre si important pour l'un.
Je vous ai déjà dit que
je trouve qu'HOTARU est un film magnifique, mais c'est aussi un
film qui n'est pas facile. Pensez-vous que les spectateurs pourraient
être découragés par sa durée?
La plupart des gens réagissent en
me disant: Mais ne pourriez-vous pas le faire un petit peu plus
court? D'autres bien sûr se rendent compte que cette durée
est nécéssaire. La durée est un des charmes
du film.
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Je le pense aussi, mais ne vous inquiétez-vous
pas de ne pas parvenir à toucher un public aussi large que
possible?
Bien sûr que j'y pense.Mais ce film
a cette durée là. Il devait être aussi long.
En ce qui concerne la distribution du
film au Japon, comment cela se passe-t'il?
La distribution au Japon est déjà
établie.Le film sera montré au mois de mars. Cependant,
il y a bien un problème: les salles comptent toujours le
nombre de séances qu'elles pourront faire et combien cela
va leur rapporter. Donc ils sont toujours inquiets avec un film
long. Malgré cela, ils ont soutenu ce film. Il faut préciser
que cette fois j'ai bien fait les choses. Au lieu d'essayer de distribuer
le film une fois qu'il était terminé, un groupe de
distribution était partenaire dans la production du film,
tout était prévu avant même le tournage. Cela
a évidemment beaucoup réduit les risques.
HOTARU est un film très humaniste,
de ce fait il me paraît très accessible au public étranger.
Cependant je me demandais quelle part du film fait appel à
des aspects culturels spécifiques au Japon. Peut être
y-a t'il des choses qui échappent aux public étranger
à cette culture?
Pas vraiment. Peut être y a t'il des
choses qui échappent comme d'habitude aux occidentaux, mais
cela n'est pas très important. Le plus important concerne
ce qui est universel dans le thème traité dans ce
film.
Vous avez tourné le film sur une
durée d'une année.Vous avez expliqué que cela
était nécéssaire pour capturer les quatres
saisons dans un même endroit. Ce choix des saisons, est-ce
un choix esthétique ou symbolique?
Je recherchais du réalisme dans la
description très précise des saisons. Comme le fait
que les mêmes arbres sont mouillés en juin, et lorsque
l'été arrive, ils sont verts et merveilleux; alors
on peut dire que c'est de l'ordre du symbolique, mais pour moi c'est
très proche d'une volonté de réalisme.
Il n'y a pas beaucoup de réalisatrices
au Japon actuellement. Cela a- t'il été très
difficile pour vous d'entrer dans cette industrie?
Lorsque je réalisais mes films super-8,
le caméraman avec qui je travaillais était un vétéran
de l'industrie cinématographique nipponne. Il m'a recommandé
auprès d'un producteur qui a accepté de produire mon
film suivant. Ce film, SUZAKU, a gagné la Caméra d'Or
à Cannes, alors il a souhaité renouveler l'expérience.
Et je crois que plus tard vous avez épousé
le producteur, Takenori Sento?
Puis je me suis divorcée.
(Oups).Lorsque vous êtes revenue
de Cannes, j'ai cru comprendre qu'il y avait beaucoup d'attention
de la part des médias japonais. Est-ce que c'est une chose
qui compte pour vous?
A l'époque, cela a été
envahissant. Je me sentais vraiment comme un panda dans un zoo.
Je recevais beaucoup d'invitations à faire toutes sortes
de choses, comme donner des conférences ici ou là,
et cela m'a empêchée d'avancer avec mon travail sur
mon film suivant. Mais ensuite je me suis divorcée et j'ai
repris les choses au point où je les avais laissées.
Donc faire HOTARU ça a été
une espèce de retraite loin du tourbillon médiatique?
Pendant le tournage d'HOTARU il y avait des
périodes où nous ne tournions pas, et j'ai continué
à donner des conférences, et à faire de la
publicité, c'était une semi-retraite seulement. Maintenant
j'aimerais vraiment me concentrer sur mon prochain film.
Votre prochain film?
Mon prochain film sera terminé au
printemps prochain. Il est co-produit par ARTE, et il s'agit d'un
film sur le fonds de l'existence, sur l'expérience. Il sera
tourné en super-8 à nouveau. Après cela j'ai
un autre projet, un film sur la criminalité dans le monde
adolescent.
©2001 MIDNIGHT EYE
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