"HOTARU signifie luciole. Les lucioles s'illuminent pour attirer leurs partenaires, alors je souhaitais faire un parallèle avec ce qui arrive aux deux personnages principaux, comment ils s'attirent mutuellement, souligne Naomi Kawase. De plus dans les grandes villes, il y a tellement de lumières que ceci trompe les lucioles. Il est donc plus difficile pour elles de se trouver un partenaire à cause de toutes ces lumières artificielles.(...)
Le titre utilise deux symboles "Hi" ce qui veut dire "feu" et "tareru" qui veut dire "pendre", "laisser tomber" ou "abandonner derrière soi", comme "le feu qui tombe", dont la prononciation est proche en japonais de HOTARU."

 

 
    HOTARU
   
 

 

La lumière, le feu.
Le feu toujours présent, purification, aboutissement, rites traditionnels japonais. Pluie de feu, montagnes enflammées, boules de feu, bougies...
Le feu. la lumière.
Lumière faisant jaillir les images de la pénombre. Les yeux cherchent, on est à la limite de l'effacement, du noir. Puis émérge un clair obscur sur un visage qui sort de l'ombre et tout à coup on cligne des yeux devant une image limpide, innondée de lumière estivale. De la lueur de la bougie au vert éclatant des rizières en plein soleil.
Les personnages sont comme la lumière...tantôt absents, tantôt rayonnants.
C'est une histoire d'amour qui s'élève et chemine au milieu des pertes: amour et deuil.
Ayako et Daiji s'aiment mais sont étrangers. On assiste au début d'une histoire fragile à la fois d'une infinie douceur et d'une violence autiste. Ayako s'abandonne, puis se révolte, se perd dans sa tristesse ou son rêve. Alors elle semble flotter dans la vie, et quand Daiji veut la tirer de sa torpeur funebre elle refuse, se débat, se coule et disparaît dans son deuil. La mort toujours présente...
Le deuil, qui commence par l'enfant au printemps et s'achève par la destruction du four, du tombeau.

 

 
    Naomi Kawase (Japon, 2000, 164')
 

 

Une histoire d'amour à Nara, ancienne capitale du Japon. Ritualisation: les saisons se succèdent et permettent de boucler la boucle, le travail de deuil accompli dans la purification par le feu.
Le feu, solennel.
L'eau: l'histoire commence sous la pluie et finit sur une larme.
Le vent parce que tout bouge et s'en va.

 

 

          avec Nakamura Yuko, Nagasawa Toshiya, Yamaguchi Miyako

 

 

Une construction poétique, symbolique, trame indécise et complexe. Le film se déroule lentement, vacille entre éllipses et plan séquences, nous faisant perdre le fil d'une certaine idée de chronologie pour mieux nous faire ressentir le temps qui passe. Un temps parfois pénible à subir, souvent à la limite de l'ennui, du malaise, à vouloir s'attarder sur un visage replié sur soi, fermé.
Mais on se dit que ce temps là est juste quand jaillissent des instants de pure gr‰ce.
Car c'est dans ces moments d'attente pénible qu'on est le plus aux aguets de la moindre étincelle de beauté.
Une caméra
Elle se fait distante pour saisir ces chorégraphies d'un érotisme tape-à-l'oeil, triste et froid, dans un night club où les filles se dévoilent comme des poupées kitsch, en faisant leur numéro, auquel seule la chair exposée donne une fragile humanité
Puis la caméra se réchauffe, tangue entre les personnages, à la recherche de la chaleur d'un amour timide, s'accroche à leurs mouvements, est là toute proche et se fait sentir, lourde, on pense à un documentaire, Daiji et Ayako semblent exister pour de vrai, mais la caméra est toujours là, à leur coller à la peau.
La peau, la peau des deux.
Une histoire d'amour, une histoire de peau, une caméra.
Une histoire de lutte et d'abandon, énergie de la douleur transcendée par de brefs moments de répit, de sérénité, de tendresse, attirés irresistiblement comme deux lucioles perdues dans la nuit.


C.S.

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