ABC AFRICA
 

 

Un fax apparaît au rythme de sa réception: la FIDA, organisme humanitaire prie instamment le cinéaste iranien Abbas Kiarostami de faire un film sur leur travail.
Leur travail : Rassembler, instruire et organiser des groupes de femmes, ayant souvent perdu tous leurs propres enfants morts du Sida et qui élevent seules de dix à trente orphelins du SIDA en Ouganda.
Film de commande donc sur une épidémie qui décime l’Afrique dans la plus grande indifférence occidentale.
Abbas Kiarostami accepte, parce que, dit-il, " enfants ".
Nous partons donc avec le cinéaste et une équipe très réduite pour un premier voyage de repérages sur les lieux. Le regard de Kiarostami est celui de quelqu’un qui met pour la première fois les pieds sur le continent noir, curieux de tout, s’attardant sur les enfants  et entrant sans discrétion, mais semble-t’il en recevant un bon accueil, dans toutes les portes qui se trouvent sur son passage.
De ce voyage de repérages, Kiarostami fera finalement le film, décidant de ne pas retourner pour faire d’autres images avec des moyens plus lourds.
ABC Africa est avant tout un film de commande qui est devenu un véritable film de cinéma, sans pour autant que la commande se trouve détournée. Kiarostami rempli sa mission, se rendant dans les réunions organisées pour rassembler les femmes, leur apprendre à gérer un budget, à trouver une autonomie financière en trouvant un travail, à mettre en commun leurs économies pour les très très mauvais jours, etc.. Il se rend aussi dans un hôpital, véritable antichambre de la mort, ou toutefois la vie continue.

 

   d'Abbas Kiarostami (Iran, 2001, 85')
 

 

 

Ce qui est passionnant dans ABC Africa, c’est que le réalisateur, ayant choisi de monter ses repérages, met le spectateur dans la même position que lui débarquant en Ouganda. Comment montrer un tel drame, quelle distance mettre entre une personne en bonne santé qui ne fait que passer avant de reprendre l’avion pour rentrer " au chaud " et cette réalité là.
C’est ainsi que vont s’alterner des séquences de voyages, d’innombrables enfants, beaucoup de musique et des mères (souvent grands-mères) courages qui semblent être le seul ciment d’une société décimée. Et des moments de pur cinéma.
Ainsi la scène de fin de journée ou la petite équipe de tournage, rassemblée autour du réalisateur, se détend en buvant un dernier verre dans une quasi obscurité. La journée a été particulièrement éprouvante. Ils se sont rendus dans un hôpital et ont vus des enfants mourir. Le soir venu, ils philosophent sur les moustiques, le palu et le Sida. Puis c’est l’extinction des feux complète. La caméra continuera cependant de filmer, dans le noir,  la montée des escaliers, les " bonne nuits " échangés et chacun de rentrer dans sa chambre. Noir toujours. Le détenteur de la caméra, aura alors une surprise de taille.

 

 
    
 

 

Nouveau déplacement, scènes de marché, couple allemand adoptant une fillette orpheline et son regard sur le pays qu’elle va définitivement quitter.
Puis cette autre moment, lui aussi capté sans préméditation, de cet enfant qui porte un fardeau de branches sur la tête. Un autre enfant vient le bousculer, alors qu’il vient juste de parvenir à rassembler toutes les branches et à les nouer à l’aide d’une paille. Tout le travail est à refaire, le plus difficile étant de parvenir à poser le fardeau sur sa tête, et à faire un demi-tour lui permettant de prendre la bonne direction. Le fardeau pesant au moins trois fois le poids de l’enfant.
ABC Africa n’est pas un film accablant sur une réalité dramatique, c’est un film qui interroge notre position personnelle face à l’horreur, et qui raconte une fois de plus les multiples strates de réalité qui se juxtaposent à tout moment, rendant la vie ma foi, fort belle.


Kate Reidy

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