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Un fax apparaît au rythme de sa réception: la FIDA, organisme
humanitaire prie instamment le cinéaste iranien Abbas Kiarostami
de faire un film sur leur travail.
Leur travail : Rassembler, instruire et organiser des groupes de femmes,
ayant souvent perdu tous leurs propres enfants morts du Sida et qui élevent
seules de dix à trente orphelins du SIDA en Ouganda.
Film de commande donc sur une épidémie qui décime
lAfrique dans la plus grande indifférence occidentale.
Abbas Kiarostami accepte, parce que, dit-il, " enfants ".
Nous partons donc avec le cinéaste et une équipe très
réduite pour un premier voyage de repérages sur les lieux.
Le regard de Kiarostami est celui de quelquun qui met pour la première
fois les pieds sur le continent noir, curieux de tout, sattardant
sur les enfants et entrant sans discrétion, mais semble-til
en recevant un bon accueil, dans toutes les portes qui se trouvent sur
son passage.
De ce voyage de repérages, Kiarostami fera finalement le film,
décidant de ne pas retourner pour faire dautres images avec
des moyens plus lourds.
ABC Africa est avant tout un film de commande qui est devenu un véritable
film de cinéma, sans pour autant que la commande se trouve détournée.
Kiarostami rempli sa mission, se rendant dans les réunions organisées
pour rassembler les femmes, leur apprendre à gérer un budget,
à trouver une autonomie financière en trouvant un travail,
à mettre en commun leurs économies pour les très
très mauvais jours, etc.. Il se rend aussi dans un hôpital,
véritable antichambre de la mort, ou toutefois la vie continue.
Ce qui est passionnant dans ABC Africa, cest que le réalisateur,
ayant choisi de monter ses repérages, met le spectateur dans la
même position que lui débarquant en Ouganda. Comment montrer
un tel drame, quelle distance mettre entre une personne en bonne santé
qui ne fait que passer avant de reprendre lavion pour rentrer "
au chaud " et cette réalité là.
Cest ainsi que vont salterner des séquences de voyages,
dinnombrables enfants, beaucoup de musique et des mères (souvent
grands-mères) courages qui semblent être le seul ciment dune
société décimée. Et des moments de pur cinéma.
Ainsi la scène de fin de journée ou la petite équipe
de tournage, rassemblée autour du réalisateur, se détend
en buvant un dernier verre dans une quasi obscurité. La journée
a été particulièrement éprouvante. Ils se
sont rendus dans un hôpital et ont vus des enfants mourir. Le soir
venu, ils philosophent sur les moustiques, le palu et le Sida. Puis cest
lextinction des feux complète. La caméra continuera
cependant de filmer, dans le noir, la montée des escaliers,
les " bonne nuits " échangés et chacun de rentrer
dans sa chambre. Noir toujours. Le détenteur de la caméra,
aura alors une surprise de taille.
Nouveau déplacement, scènes de marché, couple allemand
adoptant une fillette orpheline et son regard sur le pays quelle
va définitivement quitter.
Puis cette autre moment, lui aussi capté sans préméditation,
de cet enfant qui porte un fardeau de branches sur la tête. Un autre
enfant vient le bousculer, alors quil vient juste de parvenir à
rassembler toutes les branches et à les nouer à laide
dune paille. Tout le travail est à refaire, le plus difficile
étant de parvenir à poser le fardeau sur sa tête,
et à faire un demi-tour lui permettant de prendre la bonne direction.
Le fardeau pesant au moins trois fois le poids de lenfant.
ABC Africa nest pas un film accablant sur une réalité
dramatique, cest un film qui interroge notre position personnelle
face à lhorreur, et qui raconte une fois de plus les multiples
strates de réalité qui se juxtaposent à tout moment,
rendant la vie ma foi, fort belle.
Kate Reidy
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