FIONA
de Amos Kollek
(USA, 1998, 85')
avec Anna Thompson, Felicia Maguire, Alyssa Mulherm, Anna Grace, Bill Dawes, Mike Hodge

 

 
 

Synopsis
 
Fiona n'a que trois mois lorsque sa mère l'abandonne dans une rue de New York. Ballottée dans plusieurs familles adoptives où elle est victime d'abus de toutes sortes, Fiona devient prostituée a l'adolescence. Puis elle trimballe sa carcasse entre deux âges dans les méandres sordides du monde urbain. Fiona suce, se shoote, se pend, bute deux flics et rencontre des gens dont Ernie, un vieux flic noir qui souhaite la sortir du monde de la dope et de la prostitution. Au fond Fiona cherche sa mère… Lorsqu'elle la retrouve sans le savoir des années plus tard, c'est dans un lit moisi où elles font l'amour. Tout comme sa fille, la maman est putain. Et si cette scène nous ouvre le ventre, ce n'est pas pour l'inceste qu'elle montre ni pour le sexe qu'elle filme, c'est pour la vérité de deux femmes incapables de se parler autrement qu'avec leur corps ouvert, outil de travail et clef de leur rapport au monde. Le film explore l'existence particulière de cette jeune femme née dans un monde dur et cruel et qui, en dépit des situations extrêmes qu'elle traverse, ne perd jamais son identité profonde faite de tendresse et de lucidité.


 
Précisions
 
Fiona était à la base un scénario de moyen métrage très élaboré visuellement, mettant en scène la vie dissolue et destructrice, dans le monde de la prostitution et des drogues, d'une jeune femme abandonnée bébé par sa mère.
 
Suite à l’accord d’Anna Thomson d’interpréter le rôle principal, Amos Kollek commença alors à se documenter pour son projet en allant interroger des prostituées de l’East Village. Ses recherches le conduisirent dans un appartement que fréquentaient des vendeurs de drogue, des prostituées et leurs clients, occupés 24h sur 24, à fumer du crack, faire des passes, se shooter... tout en se racontant des histoires. Cet endroit, les gens, ce qui s'y passait fascinèrent Amos Kollek qui décida aussitôt d'inscrire ce monde dans sa fiction. Le film, dont le tournage commença peu après, mêle des séquences documentaires de la maison de fumeurs de crack, des rues de l' East Village, aux scènes écrites du scénario original. Les prostituées se sont totalement impliquées dans le projet, en tenant les rôles à l'origine prévus pour des actrices. Fiona fut tourné en 16 jours, caméra à l'épaule, avec une équipe réduite et très motivée, peu de répétitions et encore moins de préparation. Ce projet représenta autant pour le réalisateur que pour l’interprète principale, l’exploration des frontières entre documentaire et fiction tout en saisissant des instants, des lieux et des situations spontanées rarement montrés à l’écran.
 
Kollek, loin de se répéter après Sue va encore plus loin avec Fiona, film oscillant entre immersion et reconstruction. Ainsi les cachettes pour pipes à 5 dollars, la crack house pourrie, les rues incertaines sont authentiquement tirées de la réalité. Anna Thomson, abandonne à nouveau la plasticité incroyable de son corps au regard de Kollek, qui d’un plan à l'autre, la rajeunit de vingt ans ou montre les ravages de sa vie sur son physique. La Fiona qu'elle nous offre promet de persister durablement sur nos rétines et de s'installer aux côtés de ces personnages feux follets du cinéma américain qui n'en finissent pas de nous fasciner. A ceux qui n’admettraient pas qu’on puisse aller si loin dans ce que montre ce film, il faut mentionner le degré d’empathie que Kollek inscrit dans chacun de ces plans ainsi que le parcours même d’Anna Thomson duquel le réalisateur a puisé une partie de son inspiration. Enfant abandonnée comme dans Fiona, elle fut achetée par ses parents adoptifs, qui l’élevèrent entre la France et les Etats-Unis. Plus tard, mère de deux jumeaux, elle perd son mari, atteint d’un cancer. Une vie traversée d’éclairs de douleurs et de joie, une vie hors norme qui la conduit, à l’âge de la maturité, vers des rôles difficiles empreint d’une forte sensibilité.
 



 
 
 
 

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