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A propos et propos d'Harmony Korine |
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| GUMMO | ||
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Harmony Korine est né à Bolinas (Californie), et a grandi à Nashville et New York. Auteur, réalisateur, acteur, artiste, Korine a découvert Godard et Bresson à l'âge de 10 ans au fond du Tennessee, guidé par un père trotskiste et cinéphile. A 18 ans, il écrit le scénario de Kids (1995) à la demande de Larry Clark, le réalisateur. Il publie son premier roman en 1998, A Crack-up the Race Riots. Il a réaliser deux films, Gummo et Julien Donkey-Boy, toujours inédits en Suisse alors qu'il s'agit d'une œuvre amenée à devenir importante pour le cinéma américain. Formellement si elle n'est ni expérimentale ni absolument novatrice, l'affirmation d'une relative liberté (tout est permis!) y est quand même bien présente. Mais c'est surtout dans ses sujets que Korine renoue peut-être avec une tendance un peu oublié du cinéma américain: de travailler les grand mythes fondateurs de l'organisation social. Evidement le constat n'est pas à proprement parlé réjouissant et on est plus proche d'un monde chaotique (l'humanité en questions) que d'une idée qui voudrait que l'histoire est finie, que le modèle américain a gagné, que les seuls enjeux sont dorénavant de se prémunir des catastrophes naturels et faire entendre raison aux quelques fous qui résistent.
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| Harmony Korine (USA, 1997, 95 min) | ||
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interview Quand j'étais petit, mon père m'a emmené voir Cadet d'eau douce, de Buster Keaton. Le visage de Keaton, c'était quelque chose que je n'avais jamais vu avant au cinéma: de la poésie. Ça ressemblait à la vie et ça ressemblait à la mort. Il y avait de l'humour et de la tragédie. Dès cet instant, j'ai voulu être Buster Keaton. Je voulais sauter par les fenêtres et me barbouiller en noir comme Al Jolson. Comment avez-vous écrit Gummo? Après avoir vu plusieurs films de Godard, surtout les plus récents, j'ai commencé à expérimenter sur la forme, à déconstruire. Je voulais faire un film qui ne comporterait que des scènes disparates, dans l'esprit de Tristram Shandy de Laurence Sterne, des œuvres de Walter Benjamin, ou de certains romans entièrement constitués de citations. Quelque chose de chaotique, mais avec du sens tout de même. J'ai raisonné comme un photographe. Je notais sur des bouts de papier des choses comme: "Un garçon mange des spaghettis dans sa baignoire"; "Les enfants sniffent de la colle"; "Bunny Boy joue de l'accordéon dans une pissotière." J'ai accumulé des centaines de notes dans ce genre. Il m'a fallu quatre mois pour écrire Gummo alors que pour Kids j'avais mis sept jours. Les scènes sont écrites jusqu'à un certain point; ensuite, je laisse les acteurs s'exprimer. La magie arrive quand ils oublient le scénario. Je laisse les choses venir. Quand la caméra tourne, on est sans crainte, on est comme un soldat.
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| avec Jacob Reynolds, Nick Sutton, Chloë Sevigny | ||
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Le film a été très critiqué à sa sortie aux Etats-Unis Oui, pour certains critiques, j'étais l'ennemi. La critique Janet Maslin a dit que j'étais antisocial, nihiliste, dégoûtant. Mais je prends ça comme des compliments. Elle, elle préfère la propagande, le cinéma social à message, prétentieux. Mais je n'avais pas compris qu'elle avait autant de pouvoir. A cause de sa petite phrase, le nombre de copies du film est passé de quatre-vingts à cinq. Le studio ne m'a pas du tout soutenu. Selon Werner Herzog, les gens détestent mon film parce qu'ils pensent que je fais de l'esthétisme avec la maladie mentale ou la pauvreté. Mais si on regarde ce film avec les yeux grands ouverts, on voit que je rends ces gens beaux, que j'éprouve de la compassion pour eux. Vous croyez que je perdrais mon temps à me moquer d'eux? Ça n'a pas de sens. J'ai fait ce film parce que j'aimais ces personnages. Pour moi, ce ne sont pas des monstres. Que les critiques américains me traitent d'anarchiste, d'enfant terrible", je m'en branle. J'ai jeté des chaises sur mon producteur parce que je voulais faire les choses à mon idée... Si je fais des films, c'est parce que personne ne fait les films que j'ai envie de voir et aussi parce que c'est la seule chose dont je sois capable. Je ne sais même pas attacher les lacets de mes chaussures. Aujourd'hui, plus personne ne prend de risques. Tout le monde pense pareil. Si je ne peux pas faire les films comme j'en ai envie, j'abandonne. Harmony Korine, 1999 |
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