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"JULIEN
DONKEY-BOY", un idiot et un film qui ne séparent pas
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| JULIEN DONKEY-BOY | ||
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La grâce à dos d'âne L'affiche seule est une promesse: une blonde en tutu bleu faisant des entrechats dans un intérieur noirâtre. On remarque, au delà de la crasse, une idée de douleur dans l'effort. Le grain accentué de l'image vidéo accroît cette sensation de crampes, de sueur sous les bras. C'est au second plan, au fin fond de ce capharnaüm, qu'on entrevoit un peu de la lumière qui transformerait cet exercice laborieux en une silhouette élégante. Progressivement, un équilibre encore instable s'installe. JULIEN DONKEY-BOY serait le récit momentané de cette traversée dans une Amérique en friche, à partir de corps détruits, de morale gommée, de préceptes confondus et d'enfants aveugles. Image virginale. Il n'est pas innocent qu'en ce qui concerne l'affiche les distributeurs américains (le film est sorti furtivement aux Etats-Unis, provoquant, comme GUMMO deux ans auparavant, un tollé critique féroce) aient par prudence opté pour une image virginale: Chloë Sevigny en Marie biblique, baignée de lumière, cheveux d'ange et doudoune blanche, tel un agneau de Dieu traversant les prés. Mais rien n'est dit du cheminement tortueux du film ni de son application au chaos. Pourtant, cette image non plus ne ment pas: JULIEN DONKEY-BOY est un film qui, en heurtant tout sur son passage, ne réfléchit qu'à une seule chose : la grâce.
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| de Harmony korine (USA, 1999, 94') | ||
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Julien, âne bâté, est le dernier d'une famille, dont la fille Pearl, bibliquement enceinte d'on ne sait qui, fait du patin à glace et l'aîné, comme par hasard appelé Chris, est une sorte de bon fils asservi par son père qui en le douchant à l'eau glacée et en l'humiliant, s'essaie à le transformer en surhomme olympique. Quand on sait que ce fameux père est joué par le cinéaste allemand Werner Herzog, composant un personnage en partie biographique (des heures à narrer des histoires aussi borgésiennes qu'improbables sur des championnats d'oiseaux qui parlent), en partie exhutoire (couvert d'un masque à gaz, castrant tout ce qui passe à deux centimètres de son assiette), on est déjà certain de passer un moment particulièrement éléctrique d'improvisation. A la sortie du bain révélateur: une photographie de la famille couverte de pus. Schizophrénie. Julien, donc, s'occupe la journée d'enfants aveugles, qu'il emmène au bowling ou à la patinoire, et dont il lave les pieds avec une ferveur pénitente qui ne s'explique que par un état schizophrénique à faire fuir un prêtre: quand l'idiot Julien demande à un saint homme si Dieu le regarde avec dégoût, celui-ci lui conseille tout simplement la psychanalyse. Julien avait cependant omis de lui confesser que ses craintes provenaient du fait qu'il avait (en tout début de film) écrasé contre une tortue le visage d'un enfant! Julien ne se souvient peut-être même pas de son geste, mal et bien étant chez lui des régions confuses. Car l'âne est aussi roi, capable de se persuader en pleine apothéose gospel, dans une transe hystérique lacrymale, que le sang de Dieu lavera ses péchés. Chaos poétique. Comment cela, mi-épouvantable mi-acnéique, peut-il enfanter un film émotionnel, ou surnagerait mieux que jamais un travail de cinéaste? parce que s'agite là, dans une recherche formelle qui a digéré à la fois l'achèvement, le chaos poétique et les contusions esthétiques, une forme qui ne se contente plus de mettre à sac l'équilibre du plan mais qui s'apprête à comparer les cieux et la fange. L'aveuglement, centre des personnages, permet à Korine de les accompagner au coeur des ténèbres, à la recherche de la plus grande lumière. Le personnage de Werner Herzog raconte, dans son délire absolu, la quête de Korine: "Naturellement stone. Comme dans la montagne. Très haut. Donne-moi un peu d'Everest." Cette grâce, qui alterne avec la plus grande abjection éthique, le film l'accorde à tous, même aux idiots, et pourquoi pas en priorité aux infâmes, aux indéfendables, même si, pour ceux là, la lumière est momentanée et le gouffre inévitable. C'est à ces infâmes de couver un monde nouveau, où l'abject roulerait des pelles à la lumière. Philippe Azoury (Libération)
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avec Ewen Bremner, Chlo‘ Sevigny, Werner Herzog |
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Harmony Korine, morveux polymorphe Le jeune cinéaste oeuvre aussi en photo, poésie, claquette... Il arrive aujuord'hui à Harmony Korine exactement le douloureux désaveu que rencontre toute pop star anglaise à la tête d'un quintette rock. Une montée en flèche immédiate (buzz, hype, ce que l'on voudra), qui ne saurait s'accompagner que d'un retour de bâton aussi soudain. C'est ainsi que depuis quelques jours ce sera à qui le premier trouvera JULIEN DONKEY-BOY un rien limite. Le garçon n'ayant pas réellement changé (ce qui porrait effectivement tenir lieu de reproche, bien qu'on imagine mal un critique reprocher à Tod Browning d'avoir filmé des freaks toute sa vie) tout en proposant à son style et à sa recherche une voie de sortie (la grâce frôlée, heurtée) d'autant plus intéressante que volontiers casse-gueule, on en vient à se demander si l'aura qui a baigné Harmony n'a jamais été d'ordre esthétique: on sait, bien sûr, que le côté enfant prodige (les médias lui donnent 26 ans depuis au moins trois ans) et fouteur de merde de Korine a rapidement supplanté la forme filmique, un peu à l'image de ses "coups" fameux (dont le dernier en date a été d'entamer, puis d'interrompre avec perte et fracas, une série de docu-bastons, intitulés FIGHT HARM, où il était systématiquement tabassé). Le couple rebelle et glamour qu'il forme avec Chloë Sevigny a encore ajouté à la confusion branchée. Sans parler de sa passion pour la claquette... Il n'est pourtant pas impossible que Korine ait lui-même sa propre part de responsabilité dans cet écart: JULIEN est un film qui contient suffisamment de provocations immatures pour désirer, consciemment ou pas, épuiser son monde, tester les patiences et les ferveurs. Son refus de la famille conduit Korine à trahir dès le premier plan (par ailleurs fort beau,tout en ralenti et surexposition des gammes lumineuses) les préceptes des danois du Dogme 95 qui ont pourtant accepté à sa demande, de labelliser le film. En rupture avec tout, et peut-être avec lui-même, le cinéaste morveux semble surtout ces jours-ci accaparé par une intéressante conversion vers un statut non plus de cinéaste mais d'artiste contemporain, avec ce que cela comporte d'aura et de mécène. Façon Jonas Mekas. Celui pour qui le film n'est qu'un maillon, fût-il essentiel, entre deux expos (la dernière était chez Agnès b.), un clip (SUNDAY, pour Sonic Youth), un disque (que l'on nous promet avec Wil Oldham des Palace brothers) et un livre de poésie et de photos sur Macaulay Culkin (800 F et uniquement chez Colette), semble envier le relatif confort économique et critique dont bénéficie, au hasard, l'artiste anglais Matthew Barney lorsqu'il se pique de réaliser rien moins qu'une série de films (CREMASTER). Cette frontière entre l'indépendance et la scène arty n'est pas neuve tant elle rappelle la position que tient depuis les années 60 un cinéaste expérimental comme Jonas Mekas, qui reserve depuis longtemps ses oeuvres filmées aux galeries. Qu'elle s'étende à un jeune cinéaste avant-gardiste est symbolique de la difficulté de sortir outre-Atlantique des films aussi radicaux que JULIEN DONKEY-BOY ou GUMMO (le premier film de Korine, tourné en 1997, trois ans après son scénario pour le KIDS de Larry Clark). Il se murmure par ailleurs que Mekas et Korine s'entendraient comme larrons en foire et menacent d'une oeuvre commune à la Foire internationale de l'art contemporain, l'automne prochain. Doit-on voir là le énième caprice d'un artiste éclectique et curieux de toute forme d'art? Ou le début du champ du cygne d'une certaine idée de l'indépendance cinématogaphique aux Etats-Unis? Philippe Azoury |
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