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Courts métrages de Marie Menken
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Marie Menken était peintre et travaillait dans les années quarante pour le Solomon Guggenheim's of Non-Objective Art, où elle entra en contact avec la première génération de cinéastes abstraits américains. La première fois qu'elle se servit d'une caméra, ce fut pour se photographier avec Goerges Barker et son mari, Willard Maas, dans le film de celui-ci, Geography of the Body (1943). A partir de 1957, sa vocation artistique fut entièrement consacrée au cinéma. Au cours des onze années suivantes, jusqu'à sa mort, elle réalisa dix-sept films qui constituent une uvre des plus singulières, des plus subtiles et des plus révolutionnaires au sein du cinéma américain d'avant-garde. Les films de transe des années quarante et cinquante - développés par son amie Maya Deren, Maas ou d'autres - montraient un personnage en pleine crise, crise exprimée sous forme symbolique. Menken matrisa l'évolution lyrique de ce genre de film en éliminant le protagoniste. Raindrops - probablement un des tout premiers fragments des Notebooks - contemple un instant un étang sous la pluie, et l'eau qui s'amoncelle sur des feuilles avant de s'en écouler goutte à goutte. Quand la tension est à son comble, la masse d'eau accumulée étant sur le point de déborder de la feuille, la branche est secouée d'un léger tremblement. Manifestement impatientée par le rythme naturel ou craignant peut-tre de manquer de pellicule, la cinéaste a tapé sur la branche. Ce n'est pas un effet ostensiblement dramatique. Mais au beau milieu de ce fragment si délicatement rythmé, cela prend des allures de tremblement de terre. Toute velléité d'observation passive de la nature est balayée par cette intervention, et l'angoisse de la cinéaste devient objectivement le sujet du film. D'autre part, l'imposture de la main invisible sur la branche attire notre attention sur les mouvements de la caméra tenue à la main comme autant de nouveaux indices de sa présence dans le paysage. Menken s'immisçait dans ses films, par une sorte de présence phénoménale derrière la caméra. Voir ses films, c'est voir avec elle. Stan Brackhage a parfaitement assimilé cette leçon qu'il développera avec brio. Menken affirme sans crier gare son autorité et son indépendance artistiques en contraste avec les monuments écrasants de la culture officielle : son Bagatelle for Willard Maas (1961) surgit au détour d'une errance à travers Versailles ; en visitant l'Alhambra avec Kenneth Anger, elle tourne Arabesque for Kenneth Anger en hommage à Anger et en concurrence avec Eaux d'artifice de ce dernier, tourné dans les jardins de Tivoli. Son film en accéléré, Andy Warhol (1965) réduit son ami à un automate fabriquant en série de l'art commercial - Menken joua des rles importants dans les films de Warhol, The life of Juanita Castro et The Chelsea Girls. Mme devant le Broadway Boogie-Woogie de Piet Mondrian, au Museum of Modern Art, elle impose sa personnalité dans Mood Mondrian (1965), film qui capte ses humeurs par d'amples mouvements de balayage de la caméra sur la toile. P. Adams Sitney
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