|
Dans les années 1960-1970, Werner Nekes et Dore O., alors mariés,
ont étroitement collaboré: principaux représentants
de lécole formelle allemande et fondateurs avec quelques
autres de la Coopérative de cinéastes de Hambourg (1967-1974),
ils ont développé un cinéma systématique et
rigoureux, qui intègre toutefois laléa (et sécarte
par là-même des films à contraintes).
Werner Nekes a théorisé sa pratique en assimilant le montage
à une articulation différentielle des photogrammes entre
eux. En dénaturalisant le mouvement apparent à lécran,
il fait porter laccent sur le choc ou la collision entre deux photogrammes
successifs (une unité actualisée) qui génère
une image subnuméraire, perçue par le spectateur mais non
impressionnée sur la pellicule (une unité virtuelle). Considérant
le découpage du film en une série de plans comme une possibilité
parmi dautres, il a exploré toute la gamme de la "kiné":
certains films, comme Put-Put (représentant une poule qui picore
avant de se faire égorger), articulent dinfimes variations
et modulations au sein dune séquence continue; dautres
films, comme Spacecut (où la fouille archéologique apparaît
comme une métaphore du montage), multiplient les contrastes et
les ruptures entre les photogrammes.
Dore O., par contre, favorise la plastique du cadrage à travers
des films intimistes qui jouent sur la texture et la composition des images:
les cadres, captant tantôt un espace urbain, tantôt un espace
naturel, sont envisagés comme un espace denfermement et de
possible médiation; leur articulation en un rythme mesuré
suscite un lyrisme certain.
La radicalité de leur démarche constitue un tournant historique
dans la pratique dune contre-culture subversive. Mais paradoxalement,
leur oeuvre est aujourdhui devenue confidentielle en termes de visibilité
publique.
Mardi 27 mai, Spoutnik, 21h:
Put-Put (1967, 10)
Schnitte für ABABA
(1967, 11)
Zipzibbelip (1968,
11)
Abbandono (1970,
35)
Spacecut (1971, 42)
de Werner Nekes
Mercredi 28 mai, ESBA (2, rue Général-Dufour),
20h:
Blonde Barbarei (1972,
25)
Kaskara (1974, 20)
Frozen Flashes (1976,
30)
Stern des Méliès
(1983, 12) de Dore O.
retour
|