Les textes suivant sont repris du catalogue de Nyon 2003

 

 
    Sélection de films documentaires
 

 

Et la vie
 Et la vie est un voyage aux destinations multiples, à la rencontre de l’autre, des autres, ceux qui vivent à la périphérie d’un monde de certitudes, ceux qui d’ordinaire ne retiennent pas l’attention des médias. Seul, Denis Gheerbrant va au-devant de ces anonymes, se fiant aux hasards extraordinaires avec pour uniques bagages : du temps, une caméra et cette capacité d’établir un échange privilégié qui fait son talent. Dès lors, de Marseille à Roubaix, de Toulouse à Genève, il extrait de la rumeur du monde la parole de quelques-uns. Ses interlocuteurs racontent leurs enfants, leurs parents, tout ce qui derrière la rudesse du quotidien leur donne la force d’avancer dans la vie. Leurs propos n’ont rien d’ukases métaphysiques, bien au contraire. L’attitude du cinéaste, ses questions posées avec modestie, suscitent l’expression la plus humble et révèlent les contradictions propres à chacun. Besoin d’amour, de reconnaissance, profonde solitude ressentie face aux épreuves qu’impose la société : à chaque rencontre Denis Gheerbrant établit un lien de fraternité.
Vient ensuite l’art du montage consistant à nous proposer un voyage qui, de visage en visage, impose un rythme, construit une dramaturgie rigoureuse et respectueuse de la générosité de chacun. Au coeur de cette structure, la naissance d’un enfant survient comme l’explication possible de ce fragile mouvement de vie qui traverse le film. (yow)
 
 
Le Voyage à la mer
 C’est à Palavas-les-flots et dans d’autres campings du Sud de la France que Denis Gheerbrant installe sa caméra pour rencontrer les vacanciers venus du Nord. Nous faisons ainsi la connaissance d’un policier à la retraite, de sa femme aide-soignante en dépression, d’une caissière ou d’un étudiant, autant d’individus qui plantent leurs tentes pour le temps d’un été.
Le Voyage à la mer est guidé par la voix off de Gheerbrant. Elle introduit le propos et explique la démarche, alors que le voyage ne se résume encore qu’à l’autoroute. C’est elle ensuite qui établira le lien avec les protagonistes, qui permettra à la confiance de s’installer, puis qui posera les questions invitant à la confidence. Ces personnes expriment alors leurs doutes, leur douleur et l’angoisse que leur cause leur vie professionnelle. Au détour d’un sourire, le réalisateur capte la détresse due à la mort d’une fille ou la maladie. Ainsi, cette joyeuse ambiance estivale, où chacun joue à la dînette, est contrebalancée par l’atmosphère lourde et presque déprimante qui émane de ces tranches de vie.
Le camping, microcosme immobile dans la grande transhumance de l’été, permet à Denis Gheerbrant de faire une véritable réflexion sur l’ambiguïté même des vacances, où chacun cherche à recréer sa communauté, ses habitudes, et où l’on prend le temps de s’ennuyer de son travail. Grâce à ces témoignages, le film rend également hommage à l’optimisme et au courage de l’être humain.
(cg)
 
 
Imitations of Life
 Le dernier opus de Mike Hoolboom est un extraordinaire palimpseste en activité. Il regorge des images du cinéma, qui se succèdent, s’interpénètrent, se fécondent et se repoussent les unes les autres. Tirées de films de fictions hollywoodiennes, mais aussi d’actualités et d’œuvres documentaires et scientifiques, toutes ces images patiemment récoltées sur fond d’un salutaire hold-up (les scènes sont excisées sans autre forme de précaution dans le gigantesque corps du cinéma, et par extension des mythes qu’il charrie) participent de la construction d’un métafilm. Celui-ci est tout à la fois un commentaire situationniste, par sa façon de détournement ludique et iconoclaste des œuvres sollicitées, et la tentative sysiphéenne de faire émerger de ce magma d’images une nouvelle histoire.
En dix chapitres, Hoolboom donne consistance à des sommeils embarrassés de cauchemars et à des rêves éveillés, avec lesquels il construit une réflexion politique et poétique. Politique en ce qu’il met à l’index le cinéma comme arme coloniale, qui aujourd’hui encore, pour une partie au moins, tend à imposer une vision impérialiste  du monde. Le plan documentaire de deux femmes blanches, qui jettent en pâture à des pauvres quelques pièces de monnaie est de ce point de vue proprement terrifiant. Poétique, son film l’est par l’art des associations qu’il développe et la maîtrise du montage organisé en harmonies et ruptures, où lumière et obscurité, corps et décors, dessinent les arabesques d’un récit lacunaire. Quand Mike Hoolboom s’empare lui-même d’une caméra, c’est surtout pour filmer Jack, le petit garçon de sa sœur, auquel il témoigne une affection inquiète.
Sur un mode intimiste, des voix off font état de doutes quant à l’histoire des hommes et à leur attente face à l’avenir. Les musiques sont d’une densité très élaborée. Elles travaillent au cœur du temps, dont elles s’échinent à distordre le défilement et à dégager les dimensions enfouies. Ce temps qui court est essentiel, que modèlent les images du monde, où se logent les peurs et les rêves archaïques de Mike Hoolboom. La fin de Imitations of Life est pluvieuse et ralentie, mais s’achève sur un gag – manière élégante du cinéaste de ne pas céder à la mélancolie. (jp)
 
 
Sous le soleil lumineux de son pays natal
 C'est à une étrange et inattendue anamnèse que nous convie Franssou Prenant. Trois Libanaises, l'une juive, l'autre musulmane et la dernière chrétienne, évoquent en voix off leur jeunesse, leurs rêves, leurs engagements, leurs luttes, leur exil et leur retour à Beyrouth. Jamais on ne les verra. Leurs témoignages s'enlacent, se complètent, s'enrichissent, formant un tableau indirect mais précieux des terribles années de guerre qui ont endeuillé le pays.
Les superbes images en 16 mm – souvent des plans fixes – sont en léger décalage. Elles racontent l'été 1995 à Beyrouth, sa chaleur, sa beauté, ses ambiances, mais aussi ses ruines, ses blessures encore béantes, ses cicatrices. Elles offrent un contrepoint envoûtant et hypnotique aux paroles qu'elles enchâssent. Le Sud, la Méditerranée, l'Orient s'y dévoilent – à telle terrasse de café, sur telle croisette empruntée par les badauds. Mais aussi la guerre et la mort, par l'impact des balles et des obus dans les façades, la poussière des immeubles abandonnés, les places désertes qui attendent (impatiemment?) de nouveaux buildings.
Car la vie imperturbablement reprend ses droits, même si rien ne sera comme avant, même si la douleur étouffée est grande. Comme ces enfants qui inlassablement se plongent dans l'eau vivifiante et rafraîchissante. Ces voix et ces images disent le passé, les amitiés perdues mais aussi le futur, l'espoir teinté d'amertume. Et Sous le soleil lumineux de son pays natal de se tenir dans ce grand écart, aussi beau qu'inconfortable.
(bb)

 

    Festival visions du Réel, Nyon
 

 

Fields
 Une belle journée ensoleillée. La campagne qui s’étend à perte de vue, bercée par le chant des oiseaux. Soudain, la quiétude est brisée par le passage des voitures, des camions, puis par la voix aseptisée d’une présentatrice radio qui évoque un accident et des corps déchiquetés.
Fields de Julie Speechley nous rappelle étrangement le poème du « Dormeur du val » de Rimbaud. La cinéaste installe un décor bucolique et serein, grâce à de longs plans contemplatifs dans lesquels s’étale la campagne, habitée par quelques animaux paisibles. Les images, d’une beauté stupéfiante, se succèdent et invitent à la méditation. Au bruit perturbant du trafique viennent soudain s’ajouter les sons d’un clairon, d’un avion, puis d’un concert de voix qui racontent la guerre, les tranchées et les massacres. On découvre enfin, comme le soldat de Rimbaud, que sous la douceur de la nature se cachent les horreurs de la guerre, et que ces paysages furent un jour des champs de bataille.
Julie Speechley réalise ainsi un poème visuel et sonore sur la guerre et la mémoire. La beauté des images confère à l’évocation des tueries une solennité et une émotion toute particulière. Ces paysages vides de toute incarnation humaine en dehors du passage froid et sans humanité des voitures, nous rappellent l’absence et la mort avec beaucoup de force. Le film se termine par une citation de Winston Churchill, soulignant que la guerre n’est jamais une issue inéluctable. (cg)
 
 
Frammenti elettrici
 Rom (Uomini) le premier des trois Frammenti elettrici de Yervant Gianikian & Angela Ricci Lucchi se conclut par une image terrible. Une main plus ou moins bien intentionnée découvre le visage d'un bébé qui dort sur une couverture afin qu'il puisse être correctement filmé. Le contexte révélera la cruauté d'un geste apparemment anodin.
Nous sommes en Italie au début des années quarante. Des bourgeois endimanchés filment des Roms qui fuient les persécutions nazies. Fidèles à leur méthode, les Ginanikian recadrent les photogrammes, jouent sur la vitesse des images… et font ressortir l'extraordinaire violence de cette scène où les Roms ne sont plus que des êtres de foire que l'on visite comme l'on visite un zoo.
Dans Viet Nam, le deuxième de ces Frammenti elettrici, nous retrouvons une autre forme d'exotisme, celui que capte un soldat de l'armée coloniale française en Indochine. Clichés de lettrés vietnamiens, de marchés animés, de militaires en vadrouille se baignant dans le Fleuve rouge. Sous ses images pittoresques se cache pourtant la violence sourde de deux conflits meurtriers à venir.
Au terme de ces deux voyages, une surprise attend le spectateur. Corpi, le dernier film en date de Yervant Gianikian & Angela Ricci Lucchi, enchaîne des gros plans de… postérieurs! Filmés par un amateur au début des années cinquante grâce au téléobjectif d'une petite caméra, ils participent d'un même colonialisme où le corps de l'autre devient pur objet. Et la gêne de saisir le spectateur pris dans une forme de danse aussi pathétique que comique. (bb)
 
 
Entering Indifference
 C’est une lettre de la toute fin du XXe siècle que Vincent Dieutre envoie. Il séjourne à Chicago, ville américaine indifférente, figée dans le froid glacial de l’hiver. Sa petite caméra digitale enregistre des images de larges chaussées rectilignes, qui déversent l’insondable banalité de la circulation des hommes. Le bref ralentissement du défilement de l’activité urbaine, quelques rares plans nocturnes violemment bougés et même une rue qui se dédouble imperceptiblement comme dans un rêve, ne sont que des illusions évanescentes : la ville est bien ce décor accablant de l’empire du vide, dans lequel Vincent Dieutre fait l’expérience de sa solitude. La réalité tangible se dérobe sous ses yeux et les images de télévision n’y peuvent rien: il constate son inadhérence au monde, que ne trompent guère des rencontres sans lendemain, l’indispensable cocaïne ou de la belle musique. Le voyage n’a de sens que dans le confort du repli centrifuge du couple, comme dit le cinéaste, et les rares images qu’il donne de lui-même sont celles d’un homme prostré dans son absence métaphysique à lui-même et au monde.
Entering Indifference vit de la voix sans affects de Vincent Dieutre. Il s’adresse à l’ami aimé, cet homme resté au loin, dans un autre temps, où des histoires advenaient par « l’irruption panique de l’autre » dans sa propre vie. C’est le deuil du désordre amoureux que le beau texte de Vincent Dieutre consigne. Au cœur de la cité hébétée, sa voix a les accents d’un chant élégiaque. (jp)
 
Quadro
 Fallait-il avoir suivi des études universitaires en matière d’architecture pour concevoir Quadro, comme c’est le cas de Lotte Schreiber ? Il est pour le moins vrai que la cinéaste a une façon radicale de se confronter à ce monumental bloc d’habitations populaires qui surplombe Trieste. Construit dans les années 60, il est massif, gris et extraordinairement imposant. A cet ordre de béton Schreiber répond par le désordre des fragments qu’elle en capte. À cette construction hautaine elle rétorque par une déconstruction iconoclaste. Point de jugement moral dans cette approche, même si ce HLM peut inspirer enthousiasme ou effroi, mais bien une ambition anthropologique consistant à faire saillir les éléments fondamentaux qui structurent cette forme d’utopie architecturale.
La construction visuelle de Quadro est étonnamment libre. Dès lors que l’on croit percevoir une systématique dans l’usage du noir et blanc, ou des plans fixes de détail du bâtiment, ou encore des nets et des flous, voilà qu’un zoom intempestif ici ou un plan large là, sans oublier l’intrusion hypnotique de la couleur, chahutent salutairement l’édifice du film. Ce jeu de formes, auquel s’ajoutent des sons électroacoustiques bienvenus, appelle à la manière d’un puzzle une image complète, que la cinéaste se garde bien de nous livrer. Sinon qu’elle propose une vue d’ordre métaphysique, qui a trait au temps qui use inexorablement les façades et les fondations des maisons des hommes et des rêves qui ont présidé à leur édification. (jp)

 

    
 



Meanwhile the Butterfly Flies
 Avril 2001, chapeau mou, visage buriné, Jonas Mekas promène sa silhouette familière dans les rues de Nyon, accueillant avec générosité les questions de tous ceux qui respectent son travail. L’oeil malicieux, il répond à ses admirateurs inconditionnels, curieux d’un parcours de vie exemplaire au service du cinéma d’avant garde. Grâce à Meanwhile the Butterfly Flies, Julius Ziz nous donne l’occasion de poursuivre la conversation entamée voilà deux ans. Au fil de ce portrait complice, réalisé de New York à Paris, en passant par Semeniskiai, le petit village de Lituanie où naquit Jonas Mekas en 1922, le cinéaste entretient avec le maître un rapport amical et ludique. Mekas joue avec ce biographe ami, se dévoilant totalement ou esquivant avec auto-dérision toute tentative de lui dresser un piédestal. Dans l’intimité de sa maison ou de son atelier, Jonas Mekas souligne les fondements de son art et livre une leçon de cinéma, mais il aborde aussi les questions triviales du quotidien, notamment son rapport à l’argent, à l’alcool.
Dans sa forme, le portrait que signe Julius Ziz s’apparente au collage. Les éléments les plus divers - extraits de films de Mekas, images mises en scène, interview face caméra- s’additionnent et créent un patchwork révélateur. Certains plans récurrents nous conduisent à l’étonnante séquence de fin, preuve, s’il en était besoin, que la passion créatrice du maître demeure intacte. (yow)
 
 
 
Such a Nice Boy I Gave Birth to
 Le compte rendu de Marcin Koszalka sur sa vie avec son père et sa mère dans un petit appartement de Cracovie rappelle un étrange huis-clos qui frise constamment le grotesque. Koszalka se déplace dans l’appartement, souvent caméra à l’épaule, et filme ses parents qui se plaignent et jurent sans cesse. Quand ils ne s’adressent pas directement à la caméra, leurs voix exaspérées filtrent à travers les portes de verre, leurs propos haineux soulignés par leurs gestes agressifs. L’étudiant en cinéma n’est pas seulement accusé de paresse et d’ineptie. On lui reproche également de perdre son temps et de dilapider l’argent de ses parents. De plus, il est coupable d’avoir mené ses géniteurs au bord de la dépression nerveuse. Sous le feu de l’accusation, Koszalka demeure silencieux. Lorsque ses parents tentent de briser sa résistance en lui assénant insulte sur insulte, il demeure impassible. Pendant que ses parents se disputent, on le voit dévorer son dîner, stoïque et quasi immobile. Plus ses parents sont tendus, plus leurs gestes de colère sont juxtaposés à des plans fixes montrant Koszalka s’étirant paresseusement et ouvertement sur le canapé. La bravade dont il fait preuve dans ces situations est aussi absurde que tragi-comique. Such a Nice Boy I Gave Birth to révèle et suggère les nombreux mécanismes néfastes d’une situation familiale complètement déchaînée. À ce mal, le film n’offre qu’une seule solution: une complète résignation. (mvl - Traduction: lla)
 
 
Hush
Viktor Kossakovski pose cette question fort banale avec une naïveté feinte : nous attardons-nous souvent à regarder à travers les fenêtres pour observer la vie qui se déroule au-dehors? Sa réponse, pour ce qui le concerne, est Tishe!, inspiré par une nouvelle d’Ernst Hoffmann, « La fenêtre d’angle de mon cousin », 1822. Il s’agit du récit d’un homme paralysé qui dispose de tout le temps du monde, qu’il se plaît à consacrer à l’observation de la vie quotidienne sous ses fenêtres. Viktor Kossakovski aime aussi à dire que son film trouve sa motivation dans la première image de l’histoire de la photographie, prise par Nicéphore Niépce en 1826. Point essentiel, elle fut prise d’une fenêtre de sa maison à Saint-Loup-de-Varennes, en France !
Ce film est d’une troublante simplicité, à laquelle fait référence - Tishe !, qu l’on peut traduire par: « sois tranquille et modeste ». Pendant une année, Kossakovski a filmé selon des règles dictées essentiellement par le hasard ce qui se passait sous une fenêtre de son appartement saint-pertersbouregois. Les saisons défilent comme les passants, les jours et les nuits dessinent différemment l’espace, le bitume éclate sous l’effet de fuites d’eau et des ouvriers viennent régulièrement colmater les dégâts. Au travers de petites scènes apparemment anodines, jusqu’à la dernière, admirable, c’est à une épiphanie du quotidien que le cinéaste convie. Tishe ! est une comédie réaliste, qui a la vertu de se transformer en un récit abstrait flirtant avec le surréalisme. Moments drolatiques et dramatiques, atmosphères poétiques et prosaïques, se succèdent au gré des prises de vue riches de sens pour le cinéaste. Dans ce contexte, son don de prescience fut étonnant. Pourquoi décida-t-il de tirer dans la longueur certains plans ? Connaissait-il par avance le développement de certaines situations? Quelle intuition s’est-elle emparée de Kossakovski, pour ce plan qui précisément clôt le film ? Il aurait eu à plusieurs reprises de bonnes raisons de cesser de filmer, mais il a persévéré avec une réussite inouïe. Et s’est ainsi que cette fenêtre donnant sur une rue de Saint-Petersbourg, ville au passé lumineux et au présent chaotique, s’ouvre sur nombre d’autres rues à travers le monde. (jp)
 
 
 
 
 
Entre deux villages
 Depuis 1975, la construction du barrage d’Algueva est approuvé dans le cadre d’une réforme agraire pour l’Alentejo, au Sud du Portugal. Le projet, qui devrait se terminer en 2025 prévoit un plan d’irrigation de 110 000 hectares et la construction d’un lac artificiel qui entraînera la disparition totale d’un village de 330 habitants, Aldeia da Luz. La population a obtenu, comme indemnisation, la construction d’un nouveau village à quelques kilomètres.
Entre deux villages décrit la vie quotidienne des habitants d’Aldeia da Luz, habitués au calme et à la tranquillité et enregistre leurs réactions face à la perspective de ce déplacement imposé. Les réalisateurs Muriel Jaquerod et Eduardo Saraiva Pereira observent discrètement les bouleversements qui se produisent dans cette petite communauté durant les différentes phases de réalisation du projet. La caméra écoute les réactions des habitants dans leurs conversations quotidiennes. Plusieurs personnes craignent de perdre l’histoire et l’identité du vieux village dans la structure standardisée des nouveaux lieux. Certains luttent inlassablement avec les architectes pour pouvoir personnaliser leur future demeure. Les responsables du projet rassurent la population quant à sa nécessité et aux améliorations qu’il apportera dans leurs conditions de vie. Avec ce film, les réalisateurs s’interrogent sur les conséquences psychologiques pour une petite société rurale d’un déracinement qui peut paraître dérisoire, mais qui est tout à la fois ressenti comme traumatisant.
(iv)

pour imprimer