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En 1991, alors que la nouvelle vague kazakh était
à son zénith, Darejan Omirbaev travaillait encore dans lombre.
Il avait alors signé deux courts métrages et quelques scénarios
mais surtout il était en train de tourner son chef-doeuvre,
Kairat. LOccident qui avait fait la part belle aux jeunes cinéastes
venus du Kazakhstan, encore à cette époque en Union soviétique,
mettra sept ans avant de reconnaître le travail dOmirbaev;
non seulement Kairat, mais aussi Kardiogramma, présenté
en 98 au Spoutnik, le second volet dune trilogie qui se terminera
en 1998 par Killer.
Dette sanglante
Encore un tueur? On na vu que ça depuis dix ans, de John
Woo à Takeshi Kitano, de Richard Donner à Quentin Tarantino,
alors marre des tueurs? Raison de plus pour se précipiter
voir ce Tueur à Gages qui nous venge de tous ces fantasmes plus
ou moins nihilistes ou branchés. Car le film du cinéaste
kazakh est une de ces uvres qui vous lavent le regard. Plutôt
que de perpétuer des clichés, il nous rappelle quun
tueur nest quun homme banal, tout sauf cool, une victime des
circonstances. Et quune société où lon
assassine est une société qui va à vau-leau.
Comme ce Kazakhstan post-soviétique qui senfonce dans la
précarité, la loi de la mafia et la déréliction.
Pas besoin de gros calibres et de courses-poursuites pour dire cela. Omirbaev
a mieux: un style cadré au cordeau, qui privilégie lellipse,
se refusant à montrer la violence pour mieux suggérer ses
causes et dénoncer ses effets. Lengrenage dans lequel se
trouve pris Marat, le jeune chauffeur honnête, bon mari et père
dun enfant en bas âge, en prendra les allures dune passion
laïque à la Bresson ou Pasolini. Car cest à ces
cinéastes-là plutôt quaux premiers cités
quil convient de comparer Omirbaev, créateur solitaire, rare
et exigeant (
) Chaque séquence paraît rétrospectivement
aussi nécessaire quune équation dun théorème
ou quune étape dun calvaire.
N. Creutz in Film 11
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