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En 2001, la nouvelle vague kazakh nest plus quun
beau souvenir de jeunesse. Un peu seul, aucun film kazakh réalisé
en 2000, Darejan Omirbaev en digne représentant de sa république
aujourdhui indépendante, réalise son quatrième
long-métrage: Jol, en français La route. Toujours produit
par la France mais aussi par la télévision japonaise, le
Studio Kazakhfilm dAlmaty est relégué au rôle
de prestataire de services. Après avoir abordé ladolescence
et lenfance dans le Kazakhstan soviétique, le fait divers
après lindépendance, dans La Route il fait à
travers le portrait dun cinéaste, nommé Amir, le constat
dune situation difficile du cinéma dans son pays.
Un élégiaque road movie des steppes
Avis aux abonnés du road movie: les nouvelles coordonnées
du genre ne se trouvent plus aux Etats-Unis mais au Kazakhstan, avec la
steppe pour décor principal et le russe comme langue vernaculaire.
Succédant ainsi à la récente sortie du somptueux
Highway de Sergueï Dvortsevoï, voici venir, avec La Route, le
quatrième long métrage de Darejan Omirbaev, figure de proue
de la nouvelle vague kazakh.
Lhistoire est simple et dun style épuré, mais
infiniment complexe et suggestive pour peu quon se laisse prendre
à la dérive quelle nous propose. La séquence
douverture - agencée en quelques plans courts et muets -
fixe depuis lintérieur dun appartement, ce qui pourrait
être le début dun songe: un rideau, un Esquimau en
porcelaine, un enfant qui dort, une horloge, un homme qui dort, un couloir
vide, puis une femme, très belle, qui écrit dans le petit
matin, et dont la voix off brise bientôt le silence pour lancer,
précisément sous lempire dun rêve, le
récit.
Celui-ci, désorienté par un montage non linéaire
qui raccorde davantage au cours élégiaque et sensuel des
sentiments (scènes oniriques, retours en arrière...) quaux
conventions dramaturgiques, met essentiellement aux prises le héros
de ce film, un cinéaste nommé Amir, avec trois femmes. La
première, une brune à la finesse de porcelaine, éblouissante
comme le matin qui la révèle, est son épouse légitime
et la mère de son enfant. Il faut peu de choses à Omirbaev
- un croisement de regards, un bref et acerbe échange de paroles,
une tentation charnelle dAmir à légard de laffriolante
monteuse de son film - pour suggérer que lennui a déjà
planté ses griffes sur le jeune couple. La deuxième, quon
ne verra jamais sinon pour en faire le deuil, est la mère dAmir,
dont la nouvelle de la mort imminente lui arrive par courrier et lance,
en même temps que le mouvement du film, la longue fuite du héros
dans la steppe jusquà son village natal. La troisième,
rencontrée en chemin au détour dune auberge isolée,
est aussi blonde que sa femme est brune et incarne, sous des traits slavissimes
doù rayonne un indéfinissable mélange dangélisme
et de vulgarité, ce que lon suppose être limage
du fruit défendu pour tout bon père de famille kazakh. (
)
A linstar du traitement cavalier quil fait subir à
la narration, Darejan Omirbaev inscrit la linéarité du parcours
de son héros dans un triangle de figures féminines qui en
limite singulièrement lhorizon. Comme si létendue
infinie de la steppe, apparemment ouverte à linextinguible
désir de la parcourir, se trouvait en réalité bornée
par cette géométrie à la fois charnelle et spirituelle,
qui fait rebondir le héros comme une balle entre les trois côtés
désespérément fermés de lenfance, de
lamour et de la mort. Aussi bien, lenchantement des chimères
poursuivies par les hommes et lironie cruelle de leur désappointement,
sont-ils, sous la lumière changeante et frémissante de la
steppe, les plus fidèles compagnons de route dAmir. Quil
sagisse dune programmation cauchemardesque (le projectionniste
chargé de projeter le film dAmir passe à la place
un film de karaté apprécié par le public), dun
rendez-vous manqué avec une éclatante jeune femme en robe
jaune brodée de papillons roses, ou des somptueuses réminiscences
de lenfance qui affleurent devant la dépouille de la mère,
tout ici nous parle à bas bruit, sous le signe mélancolique
de la persistance et de la dépossession, de laction du temps
sur le destin des hommes.
J.Mandelbaum in Le Monde
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