L'ACADIE, L'ACADIE
 

 

A l’évidence, la thématique de Perrault est sous-tendue par le climat de nationalisme qui imprègne le Québec et qui culmine avec Expo 67 (…) C’est d’ailleurs cette convergence qui explique que les ambiguïtés, les contradictions, certains aspects mystificateurs du cinéma de Perrault (et de ce qu’on appelait encore souvent alors cinéma-vérité) n’aient pas été relevés, ni les questions qu’il soulevait, posées.

 

 
    de Pierre Perrault (Canada, 1970, 129')
 

 

Une autre raison tient certainement à l’apport de Michel Brault : la qualité du regard, la façon de tourner qui sont celles de Brault, sa sensibilité aux êtres, masquaient ou corrigeaient l’artifice et le volontarisme du projet de Perrault. Si L’Acadie, l’Acadie est le film le moins contestable du tandem Brault-Perrault, celui qui illustre le mieux les possibilités et les vocations légitimes du direct, c’est que Brault sympathise avec les adolescents (Perrault plutôt avec les gens de son âge ou plus vieux), et c’est que les cinéastes se sont trouvés présents à un événement qu’ils n’avaient pas provoqué – la grève avec occupation des étudiants de l’Université de Moncton – et que cet événement révélait, résumait et dramatisait la situation globale des Acadiens au Nouveau-Brunswick. Il " suffisait " de se trouver-là, d’avoir gagné la confiance des étudiants, et de tourner, selon une " technique" (façon de marcher, de porter la caméra, choix des lentilles, etc.) qui est en fait une " éthique ", faite de présence et de discrétion, pour que l’événement et son sens soient lisibles à l’écran.

 

    
 

 

Il se trouve que l’événement coïncidait avec les préoccupations de Perrault : la prise de conscience et l’éveil national des Acadiens, venant peut-être trop tard, renvoient au Québec et servent d’avertissement; un peuple qui veut survivre doit se doter avant qu’il soit trop tard des moyens de contrôler son destin.


(Michel Euvrard et Pierre Véronneau, " Le direct ", in Les Cinémas canadiens, 1978)

 
 

 

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