|
|
||
| Pierre Perrault | ||
|
Dabord avocat, Pierre Perrault (1927-2000) est venu au cinéma à travers la pratique de la radio et de lécriture. Il est partisan dun cinéma de la parole " sauvage ", où il sagit de libérer les voix des minorités québécoises, dinciter les personnages à entrer en flagrant délit de légender. La " fonction fabulatrice ", pour reprendre une expression de Gilles Deleuze, constitue le véritable moteur du cinéma de Perrault : ses films, constituant de véritables plaidoyers pour lindépendance du Québec et le respect des minorités ethniques, sont centrés autour de la vie quotidienne dhommes et de femmes liés à leur territoire ou, à loccasion, autour de la contestation estudiantine. Cest pourquoi Perrault, participant activement à lessor du cinéma "direct " canadien, regroupé autour de lOffice national du film, préfère pour sa part parler de "cinéma vécu ", en sopposant avec véhémence à lidée même de fiction au cinéma.
|
||
| un cinéaste de la "fabulation" | ||
|
Lensemble de son oeuvre sorganise en larges cycles. Il y a dabord une trilogie sur les habitants de lÎle-aux-Coudres (Pour la suite du monde, 1964, Le Règne du jour, 1966, Les Voitures deau, 1970). Puis un dyptique sur lidentité " mineure " et opprimée du Québec (Un pays sans bon sens, 1970, LAcadie, lAcadie, 1971). Suit alors un cycle amérindien (1976-80). Et enfin quelques films qui ne sinscrivent dans aucune série, tels La Bête lumineuse (1982), implacable relation dune partie de chasse où un enseignant (de cinéma !) qui ne parvient pas à sadapter à la communauté devient à son tour gibier. Les collaborateurs de Perrault prennent une importante part à la réalisation de ses films et, en premier lieu, les opérateurs qui lui sont associés, cest-à-dire Michel Brault (Pour la suite du monde, Un Pays sans bons sens, LAcadie, LAcadie, etc.) et Bernard Gosselin (Le Règne du jour, Un Pays sans bon sens, etc.). La caméra et le magnétophone traquent ou accompagnent les personnages sur le terrain, guettent leurs gestes les plus infimes, radiographient leurs rencontres et leurs conflits.
|
||
|
Gosselin semble manifester une prédilection pour lobservation minutieuse dactivités artisanales, tandis que Brault colle au plus près des circonstances, grâce à lutilisation du grand angulaire et sa maîtrise des mouvements de caméra (portée à lépaule, il va sans dire, " direct " oblige). Car il sagit bien là dun cinéma participatif : le film suscite les événements, parfois en les recréant (la pêche au marsouin, au centre de Pour la suite du monde, nétait plus pratiquée depuis plus de trente ans ; la famille Tremblay, dans Le Règne du jour, part à la rencontre de ses racines en France sous linstigation de Perrault), dautres fois en mettant les personnages en situation (Perrault sélectionne, pour La Bête lumineuse, les participants à la partie de chasse, avec en vue un mélange détonant). Ce regard acéré, qui peut évoquer la froideur de lentomologiste ou les investigations de lanthropologue, est redoublé par un travail sur le montage qui défie les lois de la chronologie et de la successivité. Un cinéma radical et exigeant qui constitue lun des aboutissements du direct
|
||
|
|
||