UN PAYS SANS BON SENS
 

 


Didier Dufour, professeur de biologie et un peu poète s’interroge sur la notion de pays et tente de regrouper en un "album de famille " les lieux et les personnes qui composent ce pays. (…) Ce film est un essai de réponse à la question numéro 1 qui se pose à ce pays qui s’appelle Canada : " What does Québec want ? " Tous les témoignages sont donc en quelque sorte une réponse à cette question, même si tous les personnages interviewés ne sont pas des Québécois.

 

    de Pierre Perrault (Canada, 1970, 117')
 

 

Tous veulent un pays où s’harmonisent les dimension esthétiques, affectives, " bucoliques ", économiques et politiques. Pour Didier Dufour et ses pareils qui habitent le Québec, province dans le Canada, ce pays sera-t-il le Québec devenu indépendant politiquement ou bien le Canada ? La réponse du film est : le Québec. Le film s’ouvre sur une affirmation de Didier Dufour : " c’est à nous-autres ce pays-là ! ", alors que la caméra nous fait voir que tout ce coin est " clubbé " et qu’on ne peut même pas y entrer pour y admirer les oies (encore moins question de se les approprier !). Le film se termine sur une autre affirmation de Didier : " il faut prendre le fleuve sans le payer ; à eux (les anglais) de se promener " et sur l’écran, on voit des caribous qui marchent la tête basse. Entre ces deux pôles, un cheminement que j’articule en trois phases :

 

 
    
 

 

a) Des affirmations sur ce que doit être l’album/pays. C’est surtout à la caméra que nous les devons : images splendides du fleuve, du Saguenay, de nos maisons au style original, de nos forêts, de nos hivers, de la région du Lac Saint-Jean. (…)
(b) Pour que l’album/pays s’étende plus loin que le village et devienne le Canada, il faut qu’il y ait une raison autre que celle donnée par Albert : " Mon pays, c’est le Canada, parce que tout
petits, on a chanté " Canada, mon pays, mes amours ". Il faut pouvoir y mettre aussi l’enfant de l’Alberta qui meurt de honte parce que sa mère lui parle français dans l’autobus (…) ; le passé colonialiste anglais si bien représenté par les employeurs de Xavier l’indien, par la Gulf Pup de Lepage, par la Dominion Textiles de Marie. (….) C’est pourquoi cet album/pays que pourrait être le Canada est radicalement contesté. (…)
c) Le Canada étant refusé, il ne reste que le Québec pour servir d’album/pays. Chaillot (qui refuse aussi le modèle français, même s’il se trouve bien en France), René Lévesque, Pierre Bourgault l’affirment explicitement. Mais pour que le Québec devienne réellement un " milieu écologique qui permet l’épanouissement des souris canadiennes françaises catholiques " (Didier), il faudra le modifier. Avant tout, il faudra le prendre, sortir de cette situation de " locataires ".


(Yves Lever, Cinéma et société québécoise, 1972)

 

 

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