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Que reste-t-il de nos amours ?
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| PAU ET SON FRÉRE | ||
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Un homme, jeune, meurt loin des siens. Accident de voiture, dit-on. Son frère Pau est appelé à la morgue pour reconnaître son corps. Rituel avorté de funérailles hâtives. Un ouvrier arrache les ferrures d'un cercueil, le pousse sur ses rails vers l'incinérateur, gueule ouverte de flammes. Les cendres sont recueillies dans une boîte. C'est fini, tout accompli à gestes précis, cliniques, sous l'oil froid de la caméra. On est dans un film, comment dire, tout à fait naturaliste. Et puis il y a le métro - ou un bus, un transport en commun en tout cas - qui ramène Pau chez lui. Visages fermés d'une fin de journée, absence des corps, c'est la même caméra indifférente qui se pose sur ce petit échantillonnage d'humains, un jour comme les autres à Barcelone, lorsque, entre deux passagers, apparaît assis, nu, le frère mort, Alex, de qui l'on a vu peu avant la tempe éclatée, sur le drap blanc d'un tiroir de la morgue.
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| Marc Recha (Espagne-France, 2001, 110 min) | ||
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| avec David Selvas, Nathalie Boutefeu, Marieta Orosco, David Recha | ||
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Ainsi avance le film, au pas même de ces
vivants en recherche, trois hommes, trois femmes, dans le huis clos de
montagnes écrasantes de majesté, sous le très lointain
regard de celui qui n'est plus là, car il reparaîtra, ce
mort qui prit un jour au tout début du film, sa place dans les
transports en commun. Et ces brèves apparitions - mais le spectateur
sera-t-il sûr, à chaque fois, de l'avoir vu, ce fantôme,
et c'est la force du film de jouer sur cette équivoque ? - donnent
au film son sens. Sans qu'il soit besoin d'autre discours : si ces traces
d'un vivant sont à ce point fugaces, que restera-t-il de ceux-la
mêmes qu'on voit vivre sous nos yeux, qu'on voit s'aimer, ou croire
s'aimer, qu'on entend rire quand vient de s'écraser une larme ?
C'est à ces imperceptibles frémissements de vie nés
des rencontres de chaque jour, inattendues ou recherchées que s'attache
le film. Ainsi de Pau avec les deux jeunes femmes rencontrées dans
sa quête d'Alex mort, l'une avec qui pour peu de temps il vit, l'autre
qui aima son frère. Ils fument, ils boivent, ils se regardent et,
par jeu, tondeuse en main, se coupent mutuellement les cheveux, admirent
le travail. Tout cela est filmé de très près, la
caméra en tiers dans cette intimité un peu moite de désir.
Et puis un rire s'éteint, et puis une nuit passe. Au matin une
jeune femme est partie, l'autre s'en va. Pau est seul. Seul comme cette
ombre à la crête d'une montagne, qui se retourne après
un dernier regard à la vallée des hommes : son frère.
C'est la dernière image du film. |
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Pau et son frère, film franco-catalan de Marc Recha, sélection officielle Cannes 2001. L'HUMANITé |
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