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Pour Rimmer comme pour Snow, l entrée en cinéma »
se fit à New York. Grâce à une bourse du Conseil du
Canada (1969 1973), il put y vivre deux années de suite
(1970 1972), au moment du bouillonnement créatif et
idéologique qui fit de New York la métropole dune
nouvelle modernité où sétablit la notoriété
du cinéma minimal-structurel. Cest sur les principes de ce
dernier lattention au matériau et aux processus comme
organon du film -, que luvre de David Rimmer va trouver son
paradigme essentiel. Et, comme en peinture contemporaine, lart ne
consiste plus pour lui au « bien représenter » (ni
au « bien raconter »), mais à lexploration dautres
manières de « représenter », de manipuler le
matériau-film, de « coller » les images et de moduler
le rythme des photogrammes, induisant une autre manière de regarder
tant la réalité filmée que le processus filmant.
Corrélatif dune réflexion sur l artefact-objet
dart », ce travail débouche à son tour sur une
spéculation filmique touchant à toute forme de médiation
visuelle : film, télévision ou vidéo, image numérique.
Des motifs de lart moderne (le postimpressionnisme du paysage industriel
de (Surfacing on The Thames) à la rhétorique figurative
dun art de masse (cinéma commercial pour Bricolage, et télévision
pour As Seen on TV), le travail de Rimmer suit cette logique cognitive
et esthétique dun « faire » qui, en donnant à
voir autrement donne aussi à repenser limage et sa portée
symbolique. En retravaillant le matériau-film, en modulant ses
qualités visuelles (thème de la « variation »),
en développant systématiquement une « esthétique
de la trace » qui peut même aller jusquà leffacement
du caractère iconique-représentatif-anthropomorphique de
limage (Variations on a Cellophane Wrapper), cette approche touche
au symbolique (remuant archétypes et stéréotypes
de notre culture) questionnement implicite de notre passion pour
limage et de la façon dont le cinéma « divertit
» du monde autant quil le représente.
Rimmer dont beaucoup de propositions partent de films retraités
(found footage) , retravaillés par montage répétitif
en boucles ou quasi-boucles (ses films sont très proches de la
musique répétitive), ou retirés (parfois étirés)
à la tireuse optique, associant aujourdhui film et traitement
numérique de limage, nest pas le seul cinéaste
à exploiter ce registre de la « déconstruction-distanciation
». Entre signe et qualités, entre symbole et matière
sensible, lil et lesprit hésitent et louvoient.
Où se situent sens et significations ? Chez Rimmer, la posture
esthétique et idéologique doit une part de son ambivalence
à leffacement délibéré du discours.
La différence dun Gidal, dun LeGrice ou dAl Razutis,
il répugne à développer une théorie, laissant
à dautres, spécialistes du discours érudit,
la fonction herméneutique.
Alain-Alcide Sudre, in L'Art du Mouvement
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