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Paul Sharits (1943-1999), artiste issu du mouvement Fluxus, est lun
des pionniers de linstallation filmique: certaines de ses uvres
(Episodic Generation, Epileptic Seizure Comparison,
) ont été
exposées dans des galeries et vendues par lintermédiaire
de Leo Castelli (elles existent également sous forme de films,
version que nous proposons ici). Enseignant et théoricien du cinéma,
Sharits a une approche matérialiste du cinéma: il met laccent
sur le dispositif de base du cinéma, cest-à-dire larticulation
différentielle des photogrammes entre eux. Un bref rappel de lévolution
historique des conditions de projection permet de mieux situer sa démarche.
Les spectateurs des premiers temps du cinéma étaient souvent
gênés par leffet de scintillement du film. Avec le
temps et la normalisation de la cadence de projection, à 24 photogrammes
par seconde, le naturalisme de la représentation cinématographique
a fini par lemporter. Les films de Sharits renvoient à un
mode de vision résolument plus frustre: ils désautomatisent
le mouvement apparent à lécran pour laisser apparaître
le mécanisme cinématographique, cest-à-dire
une succession d'images immobiles. Le cinéma de Sharits explore
les limites physiologiques de la vision: ses films à clignotement
jouent dune part de la décomposition du mouvement, de sa
fragmentation en instants prégnants, et provoquent dautre
part un effet de fusion de couleurs pures, de superposition des photogrammes
entre eux. Le modèle postromantique de la " vision les yeux
fermés " (voir Brakhage) est littéralement inversé:
une succession de photogrammes monochromes bombardent la rétine
du spectateur; leur pulsation s'impose à son attention, combien
même fermerait-il les yeux, dans un geste de dénégation.
Film après film, Sharits explore les traits constitutifs du cinéma
qui, paradoxalement, font écran au réalisme de sa représentation
: certains films (Ray Gun Virus, TOUCHING,
) acentuent le scintillement
inhérent au dispositf de projection, dautres (Axiomatic Granularity,
) exposent la pullulation du grain de la pellicule, et la plupart
indexent la présence des perforations et des intervalles de séparation
entre photogrammes.
Cependant, luvre de Sharits ne peut être
réduite à un simple métacinéma. Ses films
sont structurés selon des schémas métriques, les
photogrammes sont distribués en des séries discrètes
de chiffres. Le geste est aggressif : Sharits cherche à "
susciter chez le spectateur un état voisin de la crise dépilepsie
" (nous voilà prévenus !), thématisée
dans Epileptic Seizure Comparison. Les motifs de ses films, lorsquils
sont figuratifs, évoquent des scènes dautodestruction,
des actes sexuels et sadomasochistes. Littéralement et dans tous
les sens, nous assistons donc à un cinéma du feu dartifice
et de la bombe à fragmentation.
ESBA :
Ray Gun Virus (1966,
14)
Axiomatic Granularity (1973,
20)
Color Sound Frame (1974,
26)
Episodic Generation
(1978, 30)
Brancusis Sculpture Garden at Tirgu Jiu
(1984, 25)
Spoutnik :
Word Movie / Fluxfilm 29
(1966, 4)
Piece Mandala / End War (1966,
5)
T,O,U,C,H,I,N,G (1968,
12)
Epileptic Seizure Comparison
(1976, 30)
Analytical Studies N°2 : Unframed Lines
(1976, 30')
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