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Entretien avec Claire Simon
En parlant détiquette, Mimi est classifié
comme "documentaire". Mais lorsque lon regarde le film,
lorsque Mimi sexprime, cest tellement bien dit, bien construit
que je me suis demandé si cétait vous qui aviez capté
un instant, ou si vous aviez beaucoup préparé ses prises
de paroles en amont, les différentes scènes
Cest les deux
sauf que je ne sais pas ce quelle va dire.
Dans 70 % des scènes que jai laissées au montage,
je ne sais pas ce quelle va dire. Je connais déjà
certaines des histoires, mais je ne sais pas quelle va la raconter
là.
Mimi vous la connaissiez depuis longtemps ? Quand
vous est venue lenvie de faire un film ?
Oui, depuis longtemps. Lenvie est venue par rapport à son
récit, des scènes quelle racontait. Je me suis dit
que javais envie de faire un film.
Pendant le tournage ou le montage avez-vous mis
en place quelque chose pour que le public trouve Mimi attachante, sympathique
?
Je trouvais ses histoires formidables et très belles. Je faisais
en sorte que tout ce qui pourrait nous écarter delle ou nous
faire penser à la faire pas aimer, ça je faisais en sorte
que ça napparaisse pas. Je sais très bien que cétait
un gros risque, un film dune nana de 63 ans qui parle pendant 1h45,
cest à priori très très angoissant. Mais cétait
mon pari.
Lorsque vous parliez de petit budget
cest
combien ?
Deux millions et demi.
Une équipe petite ? ou une équipe
réduite ?
Non pas réduite
petite. De toute manière, il est difficile
de faire un documentaire avec plus de 6 personnes.
Et cest vous qui êtes tout le temps
derrière la caméra ?
Oui, cest moi qui cadre.
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La caméra bouge beaucoup quand vous filmez
Mimi de près
comme si Mimi était difficile à
filmer, difficile à cerner
Oui, parce que la question cest pas du tout elle. La question cest
son histoire, ce quon en voit. Elle est le témoin qui raconte
ses histoires. Elle a pour moi une valeur de témoin, le témoin
de lexpérience émotive, de lhistoire. Par exemple,
cest drôle, je me souviens quand javais 20 ans je voyais
des films des gens des Cahiers du Cinéma et il y avait toujours
un moment où il y avait quelquun qui racontait une histoire
et je trouvais ça dun ennui mortel. Je me disais cest
vraiment des trucs de scénarios, de dialogues
quest-ce
que cest chiant, on semmerde à chaque fois. Cétait
vraiment un truc
surtout des films des gens des Cahiers. Je trouvais
ça très poseur la plupart du temps et je me disais quelquun
qui raconte une histoire au cinéma cest mortellement ennuyeux.
Parce que cétait des personnages dans une fiction et que
ce quon était venu voir à ce moment-là cétait
quest-ce quils font, dans quelle histoire ils sont,
quest-ce quils disent, comment ils réagissent, etc.
Dans Mimi, on peut rien voir, donc essayons de voir quelque chose de lhistoire.
Le sujet cest lhistoire. Mon problème ce nétait
pas tellement Mimi, cétait le récit. Cest un
film sur le récit. Si vous voulez cest plus Alain Decaux
raconte! Genre que je déteste absolument mais jai essayé
que ce soit du cinéma. Je filme le lieu et elle. Quest-ce
qui émane dun lieu comme histoire, si on est dans un lieu
et quon ne bouge pas et bien on commence à rêver à
ce quon ne voit pas. Ou ce quon voit est la trace de ce qui
cest passé avant. Et Mimi raconte quelque chose qui a avoir
avec ce quon voit.
Mimi est-elle un prétexte? Etait-ce le personnage qui vous intéressait
ou autre chose?
Cela ne mintéresse absolument pas de me dire au cinéma
la personne que je vois est quelquun de formidable, de génial,
dintelligent, etc. Je crois que ce quon aime traditionnellement
cest les histoires, ce qui se passe, etc. Donc elle, ce qui mintéressait
cétait les souvenirs, comme des rêves, des histoires.
Cest pareil, dhabitude les gens qui racontent leurs rêves
cest extrêmement ennuyeux. Javais limpression
quavec Mimi il serait possible de rentrer dans ses histoires comme
on rentrerait dans le rêve de quelquun. Cest-à-dire,
cest ce qui se passe dans un roman
la voix intérieure.
Donc bien sûr quelle mintéresse, cest quelquun
de formidable, mais ce nest pas ça dont jai envie.
Ce que je voulais faire cest un film de fiction, et ce film jestime
lavoir fait. Voilà.
Et pourtant il est labellisé comme documentaire
ça vous embête?
Non non, pas du tout. Parce que je tiens à dire que tout est vrai,
les histoires sont vraies, la situation dans laquelle on les a fait advenir
est réelle et ce quon voit cest ce qui déclenche
le souvenir chez elle cest ce quil y a de plus documentaire
dans le film. Cest comment quelque chose quon ne comprend
pas forcément, que parfois on comprend, fait quelle raconte
cette histoire. Cest le rapport entre lendroit où on
est et par exemple
cest drôle, quand on va au stade
cest un endroit dans lequel elle nétait jamais
allée, qui ne linspirait absolument pas, on voit de fil en
aiguille comment elle dit cest bien les stades municipaux,
nous on avait pas ça, cétait un truc pour les riches
le sport, ma voisine elle allait faire du tennis
voilà
on est parti, Mimi attendait que sa voisine sorte des vestiaires, sa peau
bronzée et tout
et puis elle dit que sa voisine sortait beaucoup
le soir
et moi je filmais le stade, cétait synchrone.
Il y avait un enfant qui jouait du ballon, cétait très
beau. Moi jétais fascinée par cet enfant et pendant
que je tournais je me disais cest vraiment pas ce quelle
raconte, cest moi, cet enfant mattire. Il nattire
pas Mimi du tout, il na rien à voir avec elle. Ensuite il
y a un mec qui court, et là elle dit quelle courait à
la fenêtre, quelle arrivait toujours trop tard mais quelle
entendait ses talons. Et jai toujours pensé que cétait
le mec qui courait
le ballon cétait le bruit des talons
En le revoyant cest le bruit du ballon qui fait revenir le bruit
des talons. Il me semble que là le spectateur a une expérience
commune avec Mimi, intérieure, qui est comme dans un roman, dans
une description particulièrement forte où tout dun
coup on est complètement avec le personnage et ses sentiments.
Ce qui était rigolo dans laffaire cest que moi je ne
suis pas du tout Mimi. Et je ne me mets jamais à sa place. Cest
ce hiatus que jaimais bien. Moi ça mintéressait
de filmer les gens qui courent, les corps, le soleil
et que quand
même ça donne une idée de son sentiment à elle.
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Les lieux qui sont filmés, cest un
choix à vous ou concerté ?
Oui oui, cest mon choix.
Quelle était votre relation avec Mimi pendant
le tournage ? Cétait un rapport réalisatrice/actrice,
ou amie/amie
Les deux en fait. Ce qui est différent par rapport à dautres
situations de documentaire
euh
habituellement cest le
destin qui a lhistoire dans le documentaire
c'est-à-dire,
cest "quest-ce qui va arriver" tout court ou "quest-ce
qui va arriver devant la caméra". Là, Mimi avait lhistoire,
elle le savait et elle ne le savait pas vraiment quelle histoire elle
avait
par exemple, quand on suit dans Coûte que coûte
on suit le scénario de largent, on savait pas ce qui allait
arriver
Là, le scénario doit apparaître en elle
comme la grâce. Evidemment cest elle donc elle connaît
son histoire mais elle ne sait pas quoi raconter à quel moment,
elle ne maîtrise aucunement la construction de la chose.
Quelle était la durée du tournage
?
On a tourné 2 fois 2 semaines et 2 fois 4 jours
enfin une
trentaine de jours.
Jimagine quelle a vu le film, elle en
a pensé quoi ?
Elle aime bien le film.
Est-ce quelle sest vue dune autre
manière ?
Oh, elle dit quelle naime pas se voir. Elle a dit quelle
sest trouvée très macho, ce qui est vrai ! Je sais
pas
cest trop
je crois quelle ne peut pas avoir
de point de vue. Elle doit se rappeler de létat dans lequel
elle était ce qui nest pas la même chose que ce quon
voit.
Quel était le "rapport" de Mimi
avec la caméra ? Elle en avait un peu peur ?
Oui un peu, en tout cas cétait une pression. Dailleurs
on ma souvent dit "elle ne regarde pas la caméra".
Mais cest parce quau bout dun moment elle part dans
ce quelle voit. Elle voit la scène avant. Cest pour
ça quelle regarde comme ça.
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