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Jack Smith, auteur de performances, de collages photographiques et de
films, est une des figures majeures de la scène underground new-yorkaise.
Ses films, à l'esthétique gay, mettent en scène des
travestis et des mannequins qui arborent d'extravaguantes tenues de soirée.
Lui-même compose le plus souvent un personnage de drag queen:
il campe dans la pose d'une star et ponctue ses mouvements par des gestes
de mains exagérés, en lointain écho à ses
études de danse moderne avec Ted Shawn et Ruth St Denis. Manifestant
une fascination certaine pour le glamour suranné d'une industrie
hollywoodienne en déclin, l'esthétique des séries
B et les films exotiques en Technicolor avec Maria Montez et Yvonne DeCarlo,
Jak Smith affirme rechercher à travers son oeuvre une sensation
de "délire esthétique". Ses films, qui peuvent
parfois être tournés avec de la pellicule noir-blanc périmée,
parfois comporter des couleurs éclatantes, ne sont pas dénués
d'éléments de critique sociale et politique: participant
à la vague d'un modernisme vulgaire, ils partagent avec le Pop
Art une extrême liberté prise face à la morale et
la normalité sexuelle.
Flaming Creatures (1963) demeure le film le plus célèbre
de l'underground, qui a envoyé en son temps Jonas Mekas et le projectionniste
en prison pour diffusion de "films à caractère pornographique"...
Face à cet accueil judiciaire et critique peu engageant, Jack Smith
décide alors de se consacrer à la réalisation d'un
film aux amours plus sages, Normal Love. "Je passais ainsi l'été
à la campagne à filmer un merveilleux film en couleurs rose
et vert qui incarnera sans aucun doute la quintessence du kitsch. Tous
les personnages portent des tenues de soirée roses, minaudent et
fixent la caméra." En résulte une enfilade de scènes
de travestissement et d'inversions carnavalesques, où s'exprime
lalicence de la Beat Generation: un modèle de jeu s'est établi,
dont se souviendront les anti-stars regroupées autour de la Factory
de Warhol...
(Les lieux sont dispersés, suivant les hasards de la programmation
de films dans la Cité de Calvin.)
François Bovier
La Comédie, vendredi 13 décembre
à 21 h (6 bd des Philosophes):
Scotch Tape (1959-62, 3')
Reefers of Technicolor Island (1967,
15')
Song for Rent (1963, 5')
The Yellow Sequence (1963, 20')
Flaming Creatures (1963, 41')
Hot Hair Specialists (1970, 4')
La Comédie, samedi 14 décembre
à 21 h (6 bd des Philosophes)
Normal Love (1963, 105')
ESBA , mercredi 18 décembre à
20 h (2, rue Général-Dufour, salle de projection):
Normal Love (1963, 105')
Spoutnik, jeudi 19 décembre à
21 h:
Overstimulated (1959-63, 6')
Respectable Creatures (1960-66, 35')
I Was A Male Yvonne DeCarlo (1968-70,
30')
No President (1967-70, 50')
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