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Une femme apparaît par Hervé Le Roux
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| DOUBLE MESSIEURS | ||
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Si l'un de mes amis, accablé par la quantité
de navets actuellement sur le marché, et, pour tout dire, frappé
par un moment d'égarement, venait à douter de tout, y compris
de la validité de la notion d'Auteur aujourd'hui, je lui conseillerais
d'aller voir au plus vite le nouveau film de Jean-François Stévenin.
Double messieurs est non seulement l'un des plus beaux films qu'il nous
ait été de voir cette année, un film dont on sort
un peu ébloui, conscient de s'être fait prendre plus d'une
fois (et ravi d'avoir été pris), mais aussi - et c'est là
évidemment le plus important - un film qui vous convainc, intimement,
que le cinéma est encore une aventure possible.
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| de Jean-François Stévenin (France, 1986, 90') | ||
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C'est encore sur le mode infantile, celui de la
surenchère (le mode du "t'es pas cap'") que François
et Léo vont s'entraîner l'un l'autre, bien décidés
à retrouver leur ancien ami, jusqu'à la maison de Kuntch,
à Grenoble. Là, le film bascule, abandonne le registre du
duo burlesque (Afonso, grandiose, Stévenin, lunaire) pour prendre
une autre dimension. Alors que Léo et François se croient
encore dans une fiction adolescente (ils vont retrouver leur copain et
lui faire une bonne blague, ne reste qu'à trouver laquelle, qu'à
paufiner le scénario), c'est une femme (Hélène, la
femme de Kuntch, Carole Bouquet) qui apparaît. L'effet de surprise
dans l'histoire qu'avaient bricolée François et Léo:
ils se croyaient dans un banal western - on prend d'assaut le ranch
de Kuntch et, le trouvant désert, on s'y planque pour surprendre
l'ennemi - et ils se retrouvent dans La Captive aux yeux clairs: avec
une femme sur les bras (il est d'ailleurs fascinant de voir que, plus
le film avance, plus Carole Bouquet joue conne Elisabeth "Coyote"
Threat dans le film de Hawks: peu de dialogues, elle fait tout passer
dans un raidissement de nuque, ou dans un regard d'incompréhension
- tantôt de peur, tantôt de mépris - balancé
vers le hors champ). Cette femme est tout aussi intruse dans le cinéma
de Stévenin: l'homothétie des duos et la proximité
de la montagne aidant, on ne peut s'empêcher de passer à
ce moment du film, de penser à Passe-montagne, et de reconnaître
aussitôt en Hélène/Carole Bouquet la première
femme (le premier personnage féminin) du cinéaste. Toute
la suite du film s'organise, implacablement (Stévenin parle très
justement, dans l'entretien qui suit, du côté horloge suisse
de Double messieurs) autour de la désagrégation du lien
adolescent, homosexuel, qui unit François et Léo et, simultanément,
de la recherche, avec la dose de maladresse constitutive de toute recherche,
d'un nouveau lien, hétérosexuel, adulte, entre François
et Léo, lien dont l'irruption de Carole Bouquet dans le film constituerait,
rétrospectivement, la scène primitive . En fait, le sort
de Léo est déjà scellé dans le plan, très
bref, superbe, où on le voit sur le parking du supermarché
prendre une photo de "l'Ouragan", qui l'a amené en ambulance
jusqu'à Grenoble. "L'Ouragan" est tout au fond de l'image,
sur le point de disparaître, il agite désespérement
les bras, perdu parmis les bagnoles. Son exil dans la profondeur du champ
ne préfigure rien d'autre que la relégation, puis l'exclusion
de Léo. A partir du moment où François et Léo
quittent la villa de Kuntch en emmenant Hélène prisonnière,
c'est Léo qui prend sur lui tout le fardeau d'infantilisme et d'immaturité
que partageaient jusque-là, fraternellement, les deux membres du
duo: il continue à fanfaronner, à faire des pompes, à
piquer des colères enfantines (de celles dont on ne sait si elles
sont vraies ou simulées), alors que François s'efforce d'être
plus responsable (non sans rechute, comme lorsqu'il se sauve du restaurant
en sautant par la fenêtre). Quand Léo casse un carreau, c'est
pour entrer dans une maison dont la porte est ouverte. Quand François
casse un carreau, c'est pour reprendre l'ambulance et ramener Hélène
chez elle, arrêter la plaisanterie avant qu'elle ne tourne vraiment
mal.
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| scénario:
Jean-François Stévenin, Bruno Nuytten et Jackie Berroyer avec Jean-François Stévenin, Yves Afonso, Carole Bouquet |
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C'est encore sur le mode infantile, celui de la
surenchère (le mode du "t'es pas cap'") que François
et Léo vont s'entraîner l'un l'autre, bien décidés
à retrouver leur ancien ami, jusqu'à la maison de Kuntch,
à Grenoble. Là, le film bascule, abandonne le registre du
duo burlesque (Afonso, grandiose, Stévenin, lunaire) pour prendre
une autre dimension. Alors que Léo et François se croient
encore dans une fiction adolescente (ils vont retrouver leur copain et
lui faire une bonne blague, ne reste qu'à trouver laquelle, qu'à
paufiner le scénario), c'est une femme (Hélène, la
femme de Kuntch, Carole Bouquet) qui apparaît. L'effet de surprise
dans l'histoire qu'avaient bricolée François et Léo:
ils se croyaient dans un banal western - on prend d'assaut le ranch
de Kuntch et, le trouvant désert, on s'y planque pour surprendre
l'ennemi - et ils se retrouvent dans La Captive aux yeux clairs: avec
une femme sur les bras (il est d'ailleurs fascinant de voir que, plus
le film avance, plus Carole Bouquet joue conne Elisabeth "Coyote"
Threat dans le film de Hawks: peu de dialogues, elle fait tout passer
dans un raidissement de nuque, ou dans un regard d'incompréhension
- tantôt de peur, tantôt de mépris - balancé
vers le hors champ). Cette femme est tout aussi intruse dans le cinéma
de Stévenin: l'homothétie des duos et la proximité
de la montagne aidant, on ne peut s'empêcher de passer à
ce moment du film, de penser à Passe-montagne, et de reconnaître
aussitôt en Hélène/Carole Bouquet la première
femme (le premier personnage féminin) du cinéaste. Toute
la suite du film s'organise, implacablement (Stévenin parle très
justement, dans l'entretien qui suit, du côté horloge suisse
de Double messieurs) autour de la désagrégation du lien
adolescent, homosexuel, qui unit François et Léo et, simultanément,
de la recherche, avec la dose de maladresse constitutive de toute recherche,
d'un nouveau lien, hétérosexuel, adulte, entre François
et Léo, lien dont l'irruption de Carole Bouquet dans le film constituerait,
rétrospectivement, la scène primitive . En fait, le sort
de Léo est déjà scellé dans le plan, très
bref, superbe, où on le voit sur le parking du supermarché
prendre une photo de "l'Ouragan", qui l'a amené en ambulance
jusqu'à Grenoble. "L'Ouragan" est tout au fond de l'image,
sur le point de disparaître, il agite désespérement
les bras, perdu parmis les bagnoles. Son exil dans la profondeur du champ
ne préfigure rien d'autre que la relégation, puis l'exclusion
de Léo. A partir du moment où François et Léo
quittent la villa de Kuntch en emmenant Hélène prisonnière,
c'est Léo qui prend sur lui tout le fardeau d'infantilisme et d'immaturité
que partageaient jusque-là, fraternellement, les deux membres du
duo: il continue à fanfaronner, à faire des pompes, à
piquer des colères enfantines (de celles dont on ne sait si elles
sont vraies ou simulées), alors que François s'efforce d'être
plus responsable (non sans rechute, comme lorsqu'il se sauve du restaurant
en sautant par la fenêtre). Quand Léo casse un carreau, c'est
pour entrer dans une maison dont la porte est ouverte. Quand François
casse un carreau, c'est pour reprendre l'ambulance et ramener Hélène
chez elle, arrêter la plaisanterie avant qu'elle ne tourne vraiment
mal.
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