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| H Story | ||
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Dans leur austérité joueuse, les
titres des films de Nobuhiro Suwa disent assez bien de quel cinéma
il retourne. Les deux premiers affichaient une barre de fracture, indice
que quelque chose était cassé: au sein du couple dans 2/Duo,
puis, avec M/Other, chez une jeune femme qui, apprivoisant le fils de
son compagnon, devait assumer d'être à la fois mère
(mother) et autre (other). H Story, qui s'est un moment appelé
H/Story, laisse à présent voir un vide, un blanc. Il semble
manquer une lettre au titre, il manque quelque chose à ce film
pour faire une histoire. Mais quoi? La quête est celle du cinéaste,
elle devient celle du spectateur pour peu qu'il ait le goût de l'expérience,
de l'aventure.
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| de Nobuhiro Suwa (Japon, 2001,112) | ||
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Or tout cela ne fait qu'un. Il est ici simplement
question d'abolir la frontière entre fiction et documentaire, ou,
pour être plus précis, entre l'histoire qu'on filme et l'histoire
de ce filmage. Il n'y aura pas de making of pour H Story, ce geste de
connivence avec le spectateur, devenu prothèse commerciale via
le marché du DVD, étant ici intégré, annihilé.
Ainsi quand Béatrice Dalle fugue pour aller se balader dans les
rues de Hiroshima, on n'est plus dans le remake de Resnais, mais on est
encore dans le film que fait Suwa. Rien ne dit que cela était écrit,
rien n'indique le degré d'intervention du cinéaste. Et quand
celui-ci apparaît fugitivement à l'image (parfois juste un
reflet dans la glace), cela signifie à la fois sa présence
totale et sa volonté d'effacement. L'air soucieux et pensif qu'on
lui voit alors n'est pas feint. Dans ses gestes les plus fermes, il a
toujours l'air de dire: je ne sais pas. La barrière de la langue
rend la communication avec son actrice plus heurtée qu'elle ne
devrait. Mais là encore, on est au coeur du film. Dans cette scène
de bar où Béatrice Dalle, fatiguée, frustrée,
se met à perdre son texte et les pédales, on ne sait plus
s'il y a du jeu là-dedans, même si cette fatigue est palpable
- et justement: le boulot de l'actrice est de le rendre palpable. A ce
moment-là, Suwa insiste comme quelqu'un qui ne comprendrait pas
la fatigue de Béatrice, comme quelqu'un qui ne saurait pas ce qui
se passe. S'il y a manoeuvre, elle n'est pas sadique: elle est dans l'intuition
que, de ce ratage, de cette scène avortée, il va naître
une émotion, et plus encore, un vertige à nul autre pareil,
qui fera du film, sinon un "chef-d'oeuvre" (ce qu'était
Hiroshima mon amour), du moins un objet radicalement nouveau.
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| avec Béatrice Dalle, Kou Machida, Hiroaki Umano | ||
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Tout comme Emmanuelle Riva dans le film de Resnais,
Béatrice Dalle pourrait s'entendre dire: tu n'as rien vu à
Hiroshima. Vision d'Européen, vision de Français d'après-guerre,
Hiroshima mon amour, mots de Duras, images de Resnais, portrait à
incandescence, une impossible passion amoureuse (entre une actrice française
et un japonais), comme un fer sur une plaie encore vive: tout en dévoilant
que cette passion cherche l'oubli d'une autre, aussi impossible (entre
la même et un soldat allemand pendant la guerre). C'était
plastique et littéraire, froid et brûlant, c'est un chef-d'oeuvre
dûment répertorié. |
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