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| séance
expérimentale |
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LARRIVéE
(Autriche, 1997, 2min)
Ecran blanc. Tabula rasa. Panavision. L'Arrivée, comme la lumière
pure de la projection, comme le blanc de la surface qui attend l'empreinte
du réalisateur, illumine le spectateur. Avec LARRIVéE,
Peter Tscherkassky reprend au départ, retourne à la lumière
et aux Lumières, on se souvient dun film sur l'arrivée
d'un train.
Et puis la pollution commence, l "histoire", si l'on veut:
un frémissement sur la piste sonore, un craquement, une crépitation,
un bourdonnement. Un voile gris s'approche du côté droit,
la perforation d'une pellicule. L'Arrivée fait du cinéma
à partir d'erreurs, d'incartades: Des demi-images les images
nébuleuses d'une délégation grise dans une gare quelconque
- pénètrent la surface blanche, convergent de gauche et
de droite, se heurtent, se séparent de nouveau. Le matériel
d'origine remonte à Mayerling, 1968, un mélodrame habsbourgeois
du britannique Terence Young. La couleur, autrefois présente, a
été exorcisée par le réalisateur.
Tscherkassky poursuit ici une re-lecture radicale en cinémascope:
un train arrive et entre en collision avec sa propre réflexion.
Les évènements se précipitent: Tscherkassky hystérise
les images, leur fait perdre leur certitude, croise les pistes sonores
avec les bandes de perforation, change le positif en négatif, éventre
son matériel, des images fantômes, derrière le voile
d'une pellicule toujours en amok, touchée par la panique de la
machine cinématographique, une vedette de cinéma chancèle
vers le baiser final - Catherine Deneuve descend, un homme (Omar Sharif,
cela sonne comme j'arrive) se précipite vers elle, un baiser, un
bonheur, une fin. L'Arrivée est la préparation d'un film,
le mélodrame des valeurs de vue déplacées, orchestré
par le plaisir du désastre.
Stefan Grissemann
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La Trilogie en CinémaScope de Peter
Tcherkassky
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OUTER SPACE
(Autriche, 1999, 10min)
Limpression dun film dhorreur, le danger qui guette.
La nuit, dans le regard de la caméra légèrement oblique,
surgit dun noir profond, dans une lumière farfadée
une maison qui disparaît à nouveau. Une jeune femme sapproche
lentement. Lorsquelle entre, les points de montage craquent, la
bande son grince de façon atténuée et étouffée.
Du found-footage hollywoodien sert de base pour ce film. La silhouette
qui tantôt traverse les images silencieusement, et qui tantôt
est jetée à travers limage, sappelle Barbara
Hershey. Le recyclage dramatique de Tcherkassky, le nouveau tirage et
la nouvelle exposition du matériel, image par image, font chevaucher
les images et les espaces les uns dans les autres, soustraient au public
tout point dattache et fendent les visages comme dans un cauchemar.
Du off, du outer space, des éléments étrangers sintroduisent
dans les images et bouleversent le montage. Les limites extérieures
de limage du film, la perforation vide et les squelettes de la bande
son optique sentraînent à linvasion : ils percent
laction du film déjà minée, le cinéma
se déchire lui-même, poussé par lespoir dune
dernière extase. Des murs de verre éclatent, des meubles
se renversent, Tscherkassky harcèle son héroïne, la
pousse jusquau bout. Toujours à nouveau, semble-t-il, elle
est projetée contre lappareil cinématique jusquà
ce que les images se mettent à bégayer, à sortir
de leurs gonds. Outer Space, un choc sur le disfonctionnement filmique,
un hell-raiser du cinéma davant-garde qui déclenche
un enfer et mène la destruction (de la narration, de lillusion)
avec une beauté rare.
Stefan Grissemann
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| L'ARRIVéE
/ OUTER SPACE / DREAM WORK |
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DREAM WORK (Autriche,
2001, 11min)
Dream Work est un film en noir et blanc et en CinémaScope, il dure
le temps d'une phase de sommeil profond. A partir du moment où
une femme entre dans une maison, enlève ses chaussures, puis (le
cadrage est lascif) également son slip, elle devient immanquablement
à la fois sujet et objet, et quand elle s'endort, non seulement
elle s'enfonce de plus en plus profond dans le film, mais surtout c'est
celui-ci qui la pénètre. Grâce au travail de copie
que Tscherkassky a entrepris sur chaque photogramme, cette superposition
phallique qui fait que le corps de la femme n'existe qu'à l'intérieur
du corps du film (et inversement), fait sensation au sens où on
la ressent de façon immédiate, comme une frayeur due à
l'impossibilité d'échapper à cette corrélation.
Derrière l'éveil se tapit un rêve. Derrière
les portes qui s'ouvrent se cache un moi. Derrière un homme qui
se trouve dans la pièce s'élève le néant.
Les images premières, consécutives et négatives tourbillonnent
les unes autour des autres dans un maelstrom où la théorie
classique de la psychanalyse sur le travail inconscient du conscient s'efface
peu à peu pour faire place à une logique suprême du
chaos neuronal, avant de se reconstituer (en suivant, au regard de l'histoire
de l'art et du cinéma, la méthode rayo-graphique de Man
Ray) en un métarêve que l'on pourrait qualifier, en paraphrasant
Freud, de représentation de l'image et pour
la première fois, en un objet sonore conçu en tant que tel.
Dans DREAM WORK, comme dans un vrai rêve, aucune image n'est isolée,
chaque image radicalement fortuite, mais leur relation nécessaire
au point qu'une autre solution est impensable à moins de
changer d'univers. C'est donc le meilleur des mondes onriques possibles,
si effroyable qu'il paraisse.
Bert Rebhandl
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Parallèlement à
Tcherkassky, une séléction de films structuralistes seront
projetés à l'ESBA
Ce programme de courts et moyens métrages propose une incursion
dans
le cinéma structuraliste anglais, que Peter Gidal définissait
en son
temps comme une pratique « matérialiste » du film.
A travers une
exploration systématique des procédés techniques
du cinéma (en
recourant notamment à lutilisation de la tireuse optique,
du
refilmage et à lintervention sur du métrage déjà
tourné), ces
réalisateurs indépendants ont développé une
oeuvre formellement
cohérente et dotée dune indéniable sensualité.
ESBA (2, rue Général-Dufour), mercredi
25 juin, à 20h :
LITTLE DOG FOR ROGER
(1968, 13), Malcolm Le Grice
BERLIN HORSE (1970, 9),
Malcolm Le Grice
THRESHOLD (1972, 10),
Malcolm Le Grice
ACADEMIC STILL LIFE (CÉZANNE)
(1977, 6), Malcolm Le Grice
COLOURS OF THIS TIME (1972, 4),
William Raban
BROADWALK (1972, 12),
William Raban
ANGLES OF INCIDENCE (1973, 12),
William Raban
DRESDEN DYNAMO (1971, 5),
Lis Rhodes
STILL LIFE WITH PEAR (1974, 12),
Mike Dunford
CONDITION OF ILLUSION (1975, 30),
Peter Sidal
pour
imprimer
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