Le contexte historique
 

 
    René Vautier
 

 

1945 : fin de la seconde guerre mondiale. La géographie politique internationale en sort complètement perturbée. Les grands Empires coloniaux subsistants - l'Empire Britannique et l'Empire Français - ont été très sérieusement ébranlés. La première guerre mondiale avait déjà privé l'Allemagne de ses possessions coloniales (pour une part, au profit de la Grande-Bretagne et de la France) et ruiné ce qui subsistait encore de l'Empire Ottoman; Il restera l'Empire Russe, auquel la Révolution Soviétique de 1917 a paru donner un autre caractère (très illusoirement, d'ailleurs : un fait colonial reste colonial, quel que soit l'habillage dont ou le pourvoit. L'intervention en Afghanistan, en 1979, l'a d'ailleurs rappelé). La Grande-Bretagne parait se résigner à tenir compte des transformations opérées et à satisfaire les revendications de certains des peuples qu'elle a colonisés, parfois depuis plusieurs siècles. L'indépendance de l'Union Indienne est acquise en 1947. Par l'intermédiaire du Commonwealth, le pouvoir anglais garde cependant une influence considérable dans nombre de ses anciennes colonies, en s'appuyant notamment sur les colons et sur une partie de la bourgeoisie indigène. D'autres puissances coloniales suivent une politique analogue, par exemple les Pays-Bas (indépendance de l'Indonésie : 1946).

 

 
    contexte historique
 

 

les gouvernements de la IVe République tentent de maintenir pour l'essentiel l'Empire colonial dans son état antérieur à 1939. Ils procèdent à des changements de pure forme et, par ailleurs, font réprimer sauvagement les mouvements populaires dans les pays colonisés, même quand ceux-ci sont modérés quant à leurs aspirations. En Algérie, Sétif (1945), environ 25 000 victimes ; à Madagascar (1947), environ 70 000 victimes. Au Vietnam, le gouvernement français refuse les négociations avec Ho chi Minh et fait bombarder Haïphong en novembre 46. C'est le début de la première guerre du Vietnam qui se terminera par les accords de Genève en 1954, entre le gouvernement français dirigé par Pierre Mendès-France, le gouvernement vietnamien, avec la participation d'une délégation chinoise (le responsable de cette délégation était Chou en Laï). Ces accords se traduisent notamment par la reconnaissance de l'indépendance du Nord-Vietnam. Une deuxième partie prévoyait des élections libres et la réunification du Nord et du Sud. Ils ne seront pas respectés, les U.S.A. prenant dans le Sud le relai du colonialisme français. La conséquence en sera la deuxième guerre du Vietnam, qui se terminera par la déroute américaine de 1975. Le grand mouvement de décolonisation a constitué l'une des dimensions parmi les plus importantes des décennies qui ont suivi la deuxième guerre mondiale.

 

 
    
 

 

Parmi ses conséquences : l'accession à l'indépendance (1) de nombreux pays ; l'affranchissement relatif de plusieurs autres nations, dont la colonisation avait principalement revêtu une forme économique (qui a d'ailleurs survécu ensuite sous des formes parfois plus atténuées). Dates importantes : 1952, révolution en Egypte, renversement du roi Farouk (descendant de Mohammet Ali), sous la domination anglaise ; 1949, victoire des communistes chinois dirigés par Mao Tsé Toung... En 1955, conférence de Bandung, qui marque une étape décisive de ce processus ; constitution du Mouvement des pays non-alignés. Les vedettes de la conférence sont : Nehru (Inde) ; Nasser (Egypte) ; Sukarno (Indonésie) ; Tito (Yougoslavie) ; N'krumah (Ghana)... Le système colonial français est sérieusement contesté. La Tunisie bouge, de même que le Maroc. Le gouvernement français est obligé, après le Vietnam, d'accepter l'indépendance de ces deux pays en 1956. En novembre 1954, le F.N.L. déclenche l'insurrection nationale algérienne. La guerre y dure 8 ans, jusqu'aux accords d'Evian de mars 62 et l'indépendance en juillet 62, amenant des bouleversements politiques en France, le retour du général de Gaulle au pouvoir en mai 58 et un changement de constitution (avènement de la Ve République, fin 58). A partir de 1960, le gouvernement français est obligé d'accepter l'indépendance des pays d'Afrique Noire sous domination coloniale française. On a vu depuis que l'indépendance formelle n'empêchait pas le maintien de la domination sous d'autres formes, notamment économiques (cf. l'affaire Elf, etc). La situation, aussi bien nationale que mondiale, explique l'investissement très fort des progressistes français - tel René Vautier - dans la lutte contre le colonialisme et pour l'aide aux peuples du Tiers-Monde.

 

 
 

 

 

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