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L'HOMME PINGOUIN |
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Ce portrait est un petit chef-duvre dhumour noir quirrigue
une veine toute surréaliste. Magritte, ses questions métaphysiques
et sa dérision, ne sont pas loin. Mais ce film, composé
de neuf courts chapitres, trahit à légard de ses personnages
une grande sensibilité ainsi quune touchante tendresse. Freddy,
alias « le pingouin », récolta son étrange
surnom à la suite dun accident militaire. Depuis, une jambe
plus courte que lautre loblige à cette étrange
claudication qui rappelle la démarche de ces drôles doiseaux
peuplant les régions arctiques. Lhomme gardien de
musée de son état amassa dès lors la plus
importante collection de manchots connue à ce jour. De fait, un
rêve harcèle Freddy : devenir, ou plutôt se réincarner
en son animal fétiche. Ce sera sa façon de prendre la clé
des champs et de fuir une réalité des plus sombres. Un premier
novembre pluvieux, lhomme livrera son secret : en douze ans,
il a perdu six personnes de sa famille, soit trois filles de son premier
mariage ainsi que lépouse dalors et deux filles du
second. Doù sa passion pour la bière ; sa séparation
davec sa femme actuelle ; et cette étrange solitude
peuplée dune armée silencieuse doiseaux en frac,
dans toutes les matières et les formats imaginables. Le film opte
pour une habile distanciation qui ne se départ pas dune certaine
tendresse. Des cadrages précis, des plans larges, et un noir et
blanc contrasté composent une image soignée. Lapparente
rigidité du dispositif laisse, cependant, une grande liberté
aux personnages. Car Freddy sera bientôt accompagné de Tony,
autre buveur de bière invétéré, puis de « Monsieur
le curé », auquel notre protagoniste viendra demander
si son désir de réincarnation est viable. Tout cela tiendrait
dune comédie de Pagnol transposée dans le plat
pays sil ne sagissait pas dune réalité
douloureuse. Jean-Marc Vervoort jamais ne sappesantit et révèle
dans le réel la part de fiction quil recèle. Cette
comédie humaine avec ses cercles dantesques son enfer, son
purgatoire et son paradis est un savoureux et troublant voyage
entre réel et imaginaire. Pour notre personnage, il est peut-être
trop tard, pour nous, il sagit de déceler, sous lironie,
la compréhension et la compassion.
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