LAW AND ORDER
 

 

Recueillir et amuser les enfants perdus, ramasser les vieillards saouls sur les trottoirs, secourir les femmes écrasées, réconcilier ou amadouer les couples séparés, rafler les prostituées ou neutraliser les criminels, au gré des patrouilles – Wiseman a vraisemblablement réalisé avec Law and Order la meilleure adaptation  cinématographique d’Ed McBain, sauf qu’il ne s’agit pas ici d'un roman d’Ed McBain mais d’un film documentaire.

    de Frederick Wiseman (usa, 1969, n/b, 81 min.)
 

 

Cette peinture des tâches quotidiennes d’un commissariat de police n’échappe pas à une mise en scène de leur fonction par les intéressés, comme l’atteste le débat dénégateur sur la nécessité de traiter poliment les personnes interpellées. Après l’exposé inaugural de ses carences et de son inefficacité, la police est appelée à jouer son meilleur rôle. Mais s’il n’y en avait pas d’autre ? Au lieu de faire le procès d’un corps professionnel de répression, Wiseman a résolument opté pour un exposé de la prévention policière, un point de vue qui se révèle, à la comparaison, beaucoup plus riche en enseignements.

 

 
  
 

 

Pas de vérité morale à faire valoir ici, ni scandale à révéler, ni force occulte à dénoncer, il n’y a que la démonstration d’une compétence technique suffisante pour asseoir sans conteste un pouvoir. Dans Law and Order on ne voit pas de policier pris en défaut, ni d’excès, mais des réponses de sécurité en rapport exact avec les troubles rencontrés ou les dangers encourus, accidents ou crimes. Sans haine, sans violence, sans rancune, physique ou verbale, la dissuasion ne s’effectue pas par la répression, par la démonstration physique de sa force, mais par la persuasion, où la violence n’est plus qu’une mise en scène, un artifice, un leurre. Le film vérifie constamment que l’efficacité technique du savoir sur le maintien de l’ordre agit et se transmet à force de se réfléchir, de répéter spectaculairement, en actes et en mots, ses moyens, bien plus qu’à s’exercer pratiquement, selon une finalité donnée.
 
Extraits des Cahiers du Cinéma, n°330, déc. 1981.

 

 
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