|
|
||
| Frederick Wiseman | ||
|
Auteur de nombreux documentaires, Frederick Wiseman (Boston, 1930) sest dabord orienté vers une carrière juridique. En 1967, il tourne son premier film, Titicut Follies, dans la prison dEtat de Bridgewater où il observe la manière dont les détenus sont traités par les gardiens, les assistants sociaux et les psychiatres. Wiseman met alors en place le dispositif quil paufine depuis, dans la trentaine de documentaires quil réalise, monte et produit lui-même au rythme régulier dun par an. Cinéaste des «séries institutionnelles » (cours de justice, hôpitaux, lycées, centre daide sociale, prisons, armée etc.), Wiseman choisit ses sujets non seulement en fonction de leur intérêt sociologique mais aussi pour des raisons plus pragmatiques : la qualité géographique, spatiale, filmique de ces lieux. Aucun commentaire naccompagne ses films, qui impliquerait un parti pris quelconque. «Le point de vue, cest le montage », explique Wiseman. «Mon effort consiste a essayer de capter tous les aspects de la vie dans lendroit où je filme, et le film final, cest une réflexion sur cette complexité, la complexité de la vie quon a vue à cette endroit. On essaie de condenser les choses, pas de les simplifier mais de les rendre très complexes car la réalité est très complexe. » (Cahiers du cinéma, n° 303, sept. 1979) Trente ans après ses débuts, la méthode de travail de Wiseman na pas changé : « Nous tournons à trois : un cameraman, un assistant, et moi-même. Je fais toujours le son. Sur le lieu même du tournage, nous sommes deux : jaccompagne mon cameraman, et lassistant nous apporte une aide logistique pour le changement de bobines. Cest une étape très importante, car nos personnages peuvent rentrer dans un immeuble sans prévenir, et il faut changer la pellicule immédiatement, utiliser une autre sensibilité, ne surtout pas perdre de temps. Pourtant, je ne demanderais jamais à quelquun darrêter de parler, de marcher, de crier pour des besoins de continuité qui ne concernent que moi. Cest à nous de nous adapter. Toute la « reconstitution » dramatique vient ensuite, avec le montage. » ( Cahiers du cinéma, n° 541, déc. 1999) Wiseman revient de ses tournages avec un nombre impressionant dheure de rushes (90 pour Public Housing, 110 pour Belfat, Maine). Un patient travail de montage motivé par un vif intérêt pour le rythme et lenchaînement des plans occupe le cinéaste durant des mois, parfois jusquà une année.
|
|
|
|
Frederick Wiseman est, cette année, linvité du Festival de Nyon,Visions du Réel, où il animera un atelier, et six de ses films seront projetés. A cette occasion le Spoutnik propose de compléter leur sélection par quelques films. Notre choix sest fixé sur quatre documentaires ayant pour particularité dans la filmographie de Wiseman de sortir des murs, de quitter le cadre dune institution unique pour arpenter les rues et souvrir sur de nouveaux espaces. A travers ces quatre films un changement sopère, allant dun examen interne de la vie dune institution vers une étude plus générale du fonctionnement de la société à travers les différentes instances sociales, éducatives, répressives - qui la structurent. Dans Law and Order (1969$), il part de lobservation du quotidien dun commissariat de police de Kansas City. Wiseman examine ensuite, dans Meat (1976$), le fonctionnement des diverses entreprises qui gèrent lindustrie de la viande de buf aux USA. Aujourdhui - toujours en parallèle à des films impliquant une communauté plus restreinte comme High school II (1994) ou Ballet (1995) - il sattaque à une étude plus complexe de la société, à léchelle dun quartier dabord, dans Public Housing, (1997) puis dune ville et de ses environs dans son film suivant . « Belfast, Maine [1999] parle de la vie quotidienne dans une bourgade perdue, à quatre heures de route de Boston. Le territoire était bien plus étendu que celui de Ida B. Welles. Jai filmé les habitants au travail, leur activités sportives, les fêtes, les repas, avec la même idée : tenter de découvrir patiemment le fonctionnement de cette communauté de 6000 habitants. Avant cela, je métais intéressé à la vie de trente moines bénédictins. Et les enjeux étaient les mêmes. Je pourrais parler de tous mes films sous cet angle. Mais savoir si une communauté commence à deux personnes, à cinq ou à cent, ne mintéresse pas a priori. Je naime pas les définitions. » (Cahiers du cinéma, n° 541, dec. 1999)
|
||
|
Frederick Wiseman sera présent au Cinéma
Spoutnik le jeudi 25 avril, il animera le lendemain lAtelier au
Festival Visions du Réel à Nyon, où seront projeté
les films suivants : |
||
| pour imprimer | ||